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Norbert Elias (22 juin 1897, Breslau - 1er août 1990, Amsterdam) était un sociologue allemand.
modifier BiographieElias est né en Allemagne à Breslau, ville aujourd'hui polonaise. Il est issu d'une famille de commerçants juifs aisée et particulièrement intéressée par la psychanalyse. Mobilisé durant la Première Guerre mondiale, il fait rapidement une dépression nerveuse et est jugé inapte puis exempté. Il entreprend, dès 1918, des études de philosophie et de médecine (universités de Breslau, Heidelberg, où il se forme à la sociologie allemande, et Fribourg). La psychanalyse freudienne est alors en plein essor. Disciple, en 1930 il devient l'assistant de Karl Mannheim à l'Institut für Sozialforschung de Francfort. Fuyant l'Allemagne nazie, il s'exile en 1933 en Suisse, puis à Paris, où il essaye en vain de trouver un poste. Ami d'Alexandre Koyré, le grand spécialiste de l'histoire des idées, il finit par s'établir à Londres en 1935 où il se consacre à la rédaction du Procès de la civilisation. Commence alors une longue carrière d'enseignant en Angleterre où il demeure - exception faite d'un séjour au Ghana (1962-1964) - jusqu'à sa retraite. De 1945 à 1954, il commenca par donner des cours particuliers à la London School of Economics. Il obtient en 1954 un poste d'enseignant à l'université de Leicester et devient en 1956, à 59 ans, professeur de sociologie. Sa thèse sur la société de cour, rédigée en 1933 (mais jamais soutenue), tout comme son premier ouvrage sur le « processus de civilisation », paru en allemand, à Bâle, à la veille de la guerre, ne se diffusent qu'à partir de 1969 avec leur réédition en Allemagne. Très tardivement traduits en anglais (Sur le processus de civilisation ne le fut qu'en 1978 et 1982), ses ouvrages ne le furent en français que plus tardivement encore. Ils portent sur de nombreux thèmes :
Une citation :
modifier IdéesConnu en France pour ses travaux sur le « processus de civilisation » en Occident, ce sociologue pionnier de la vision constructiviste a cherché dans ses travaux à dépasser la traditionnelle opposition entre individu et société. Les individus interdépendants forment la société qui n'est donc pas extérieure à eux : la société n'est pas le simple agrégat des unités individuelles (individualisme méthodologique) ni un ensemble indépendant des actions individuelles (holisme). La notion d'interdépendance est au cœur même de la théorie d'Élias. Il l'explique ainsi :
Norbert Elias nomme les formes spécifiques d'interdépendance entre individus « configuration » ; ces configurations peuvent être de taille variable de la plus petite forme de relation à celle de la taille des relations internationales. La complexité et la longueur des chaînes de relations permettent de différencier ces interdépendances. La notion d'interdépendance est par ailleurs reliée à celle de pouvoir : il envisage le pouvoir comme un déséquilibre dans les interdépendances: si je suis plus dépendant de l'autre que l'autre ne l'est de moi, il a alors un pouvoir sur moi. L'interdépendance des individus joue aussi sur leur personnalité en leur imposant des réseaux préexistant à lui qui laisseront leur empreinte dans l'habitus de l'individu. Norbert Elias nous met en garde contre les définitions a priori des notions de micro et macro-social : ce sont des notions relatives: une relation nationale sera micro par rapport à une relation internationale mais macro par rapport à un jeu de 4...Il rejette par ailleurs la vision évolutionniste de l'histoire: les évolutionnistes voient l'histoire comme unidirectionnelle et unidimensionnelle; pour lui l'histoire est la somme des projets sans projet et des finalités sans finalité que les individus ont apporté au fil du temps. Enfin, le processus (ou procès) de civilisation consiste en une médiation des pulsions, en leur canalisation par des dispositifs normatifs qui interdisent l'expression des émotions notamment violentes. (Cette thèse est proche des idées que Freud exprime dans le Malaise dans la civilisation.) Ce processus est compris par Norbert Elias comme un effet de la "curialisation", c'est-à-dire de l'extension des pratiques de la cour à l'ensemble de la société : la cour, en particulier le Versailles de Louis XIV, qui était le modèle des cours européennes à l'époque classique, imposait en effet à ses membres une pacification des mœurs (dont l'interdiction du duel est le symbole), un contrôle de soi extrême, en particulier sur les pulsions agressives, ce contrôle de soi débouchant sur une distanciation intellectuelle par rapport aux conduites (ne rien laisser paraître, affecter l'indifférence) et sur l'importance nouvelle donnée à la parole et à un langage "noble", "raffiné", "distingué" (dont la préciosité est une forme caricaturale). La "société de cour" a ainsi favorisé la réflexion sur soi, en particulier sur les pulsions et les émotions contraintes et refoulées, réflexion d'analyse psychologique dont des écrivains comme La Rochefoucauld ou Saint-Simon sont des représentants exemplaires. Au XIXe siècle, le processus de civilisation s'étendra à la bourgeoisie puis aux classes populaires. modifier Sur le processus de civilisationCe livre publié en 1939, est paru, dans sa traduction française, en deux volumes : La civilisation des moeurs (1973), et La dynamique de l'occident (1977). Il présente la civilisation occidentale comme le résultat d'un lent processus de domestication des pulsions, et montre le rôle capital joué par la société de cour aux diverses étapes de cette évolution. modifier Voir aussimodifier Bibliographie en langue françaiseOn trouve en français :
Voir aussi:
modifier Bibliographie chronologique en langue allemande
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