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L'intuitionnisme est une position philosophique vis-à-vis des mathématiques proposée par le mathématicien hollandais Luitzen Egbertus Jan Brouwer comme une alternative à l'approche dite classique. Elle a été ensuite formalisée, sous le nom de logique intuitionniste, par ses élèves V. Glivenko et A.Heyting. Kurt Gödel a montré que l'on pouvait représenter la logique classique dans la logique intuitionniste, corroborant le fait que la logique intuitionniste n'est pas une logique à part, mais fait bien partie de la Logique. Gerhard Gentzen en a formalisé les règles de déduction dans le cadre de la déduction naturelle. Les travaux récents, notamment la correspondance de Curry-Howard, lui ont donné un statut central dans la logique et dans l'informatique, en en faisant historiquement la première des logiques constructives. L'étude de la logique intuitionniste est la clé pour bien comprendre la logique classique et ses subtilités.
modifier Approche informelleBrouwer a fondé l'intuitionnisme comme une position philosophique vis-à-vis des mathématiques ; cela l'a conduit à rejeter certaines formes du raisonnement mathématique traditionnel, qu'il jugeait contre-intuitives. En fait, il refusait deux concepts.
«Posons
Brouwer a donc prôné une mathématique qui rejetterait le tiers exclu et n'accepterait que l'existentiel constructif. Cette attitude a été assez violemment critiquée par des mathématiciens comme David Hilbert tandis que d'autres comme Hermann Weyl y ont souscrit. Une fois formalisée, trois faits font de la logique intuitionniste une logique à part entière : l'existence de modèles qui font d'elle un système complet de déduction, la découverte de son contenu calculatoire, connu sous le nom de correspondance de Curry-Howard, enfin le fait qu'elle est une logique modale. La logique intuitionniste n'a donc rien d'exotique. Allant plus loin, le logicien Jean-Yves Girard a proposé une logique plus faible que la logique intuitionniste, qu'il a appelée la logique linéaire, qui se trouve à la base de toute logique et qui permet de mieux comprendre la logique intuitionniste en particulier. La logique intuitionniste revisite aussi le concept d'implication. L'implication modifier Approche formelleNous venons de voir que l'implication et la disjonction ne sont plus liées. Mais en fait cela va plus loin: une des caractéristiques de la logique intuitionniste est le fait que chaque connecteur ( modifier La logique implicative minimalePour introduire la logique intuitionniste, le plus simple est de commencer par la déduction naturelle en logique implicative minimale, qui est la logique propositionnelle dans laquelle il n'y a qu'un connecteur, l'implication Rappelons qu'en déduction naturelle Il y a alors deux règles (voir plus bas Lecture des règles) : .La première régle s'appelle la règle d'élimination de l'implication, tandis que la seconde règle s'appelle la règle d'introduction de l'implication. On remarque que l'élimination de l'implication est aussi le modus ponens bien connu. La méthode qui consiste à avoir pour chaque connecteur une (ou des) règle(s) d'élimination et une (ou des) règle(s) d'introduction est typique de la déduction naturelle et nous allons la retrouver par la suite. Ce système de déduction est très simple (rasoir d'Ockham), mais il est moins puissant que la logique classique, car on ne peut y démontrer ni la loi de Peirce Lecture des règles La règle d'élimination de l'implication peut se lire comme suit : si de l'ensemble d'hypothèses Γ je déduis modifier La logique propositionnelle intuitionnisteOn conserve les règles de la logique implicative minimale concernant l'implication. modifier L'absurdeL'absurde est la proposition, notée ![]() Cela signifie que si un ensemble de propositions Γ conduit à l'absurde, alors de cet ensemble de propositions Γ, je peux déduire n'importe quelle proposition Cette règle est aussi la règle d'élimination de l'absurde. Il n'y a pas (heureusement!) de règle d'introduction de l'absurde. Le nom de cette règle ne doit pas la faire confondre avec la règle de raisonnement par l'absurde (reductio ad absurdum) qui n'existe pas en logique intuitionniste. En effet le raisonnement par l'absurde est étroitement lié au tiers exclu et n'est pas constructif. Remarque: en logique classique cette règle n'est pas utile, car elle est une conséquence du raisonnement par l'absurde. modifier La négationTraditionnellement, on considère la négation comme une abréviation. Plus précisément on dit que modifier La conjonctionOn introduit un nouveau connecteur binaire ![]() modifier La disjonctionOn introduit un nouveau connecteur binaire ![]() On remarque que la règle d'élimination de la disjonction est une règle tryadique, c'est-à-dire qu'elle a trois prémisses. modifier Le calcul des prédicats intuitionnistemodifier Interprétation de la logique intuitionnistemodifier Approche intuitiveLa logique intutionniste peut être vue comme une logique modale, munie de la modalité de nécessité, notée La sémantique de la logique intuitionniste est fondée sur les modèles de Kripke. Ces modèles sont eux-mêmes fondés sur des mondes dans lesquels opèrent la sémantique classique (en 0 et 1 pour le calcul des propositions). Ces mondes peuvent être vus comme des contenus d'information de plus en plus riches. Ils sont donc hiérachisés par une relation d'ordre (la relation d'accessibilité). Si une proposition est «satisfaite» dans un monde, on dit que ce monde force la proposition. Un monde force une proposition On dira qu'un modèle de Kripke satisfait ou modèlise une proposition si tous les mondes qu'il contient forcent cette proposition. Une proposition est valide, si elle est satisfaite par tous les modèles. On peut montrer que la logique intuitionniste est correcte pour les modèles de Kripke, c'est-à-dire que toute proposition prouvable en logique intuitionniste est valide dans les modèles de Kripke. Or on peut montrer que les propositions suivantes ne sont pas valides pour les modèles de Kripke:
On en conclut que ces deux propositions, qui sont pourtant des tautologies classiques, ne sont pas prouvables en logique intuitionniste. On montre que les modèles de Kripke sont complets pour la logique intuitionniste, c'est-à-dire que toute proposition valide est prouvable. modifier Approche formelleDans cet article nous ne considèrons que les modèles de la logique propositionnelle qui forment un exemple de sémantique de Kripke. Un modèle est formé d'un triplet
Un cône est un ensemble C de mondes (
On définit une relation
On peut démontrer (par induction sur la structure ou la taille de On dit que modifier Correction de la logique intuitionnisteOn peut montrer que la logique intuitionniste est correcte vis-à-vis des modèles de Kripke, c'est-à-dire que toute proposition démontrable est valide. Formellement, On peut utiliser ce résultat pour montrer qu'une proposition n'est pas démontrable en logique intuitionniste. Si on considère le modèle On peut aussi trouver un contre-modèle très simple de la proposition modifier Complétude de la logique intuitionnisteOn peut démontrer que toute proposition valide est démontrable. Formellement, La démonstration se fait de la façon suivante: si modifier Voir aussi |
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