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La logique déontique (du grec déontos : devoir) tente de formaliser les rapports qui existent entre les quatre alternatives d'une loi : l'obligation, l'interdiction, la permission et le facultatif. Comme pour chaque système logique aujourd'hui, il est erroné de parler DU système de la logique déontique. Il existe une grande variété de systèmes logiques déontiques, qu'on identifie selon les axiomes qu'ils intègrent - et toujours par référence à la logique modale générale. Lorsque l'on parle de logique déontique en général, on entend souvent le système classique et minimal, celui qui utilise les deux opérateurs de l'obligation (aux propriétés calquées sur celui de la nécessité) et de la permission (idem pour la possibilité), et de simples constantes et variables propositionnelles représentant des actions et / ou des états de choses (A, B, etc.). Mais la réalité déontique est multiforme : on peut interdire un état de choses, une action de la part d'un individu déterminé, un type d'action, etc. Elle nécessite donc plusieurs systèmes de logique déontique différents. Désormais, un système de logique déontique inclut le plus souvent aussi des notations pour représenter l'action et les individus (opérateurs d'action tels que STIT), et les recherches tendent à une complexification toujours croissante : intégration de la dimension temporelle grâce à l'indexation temporelle des propositions1, notion de trivalence, et autres. La logique déontique est à l'origine des systèmes normatifs2, qui permettent de modéliser les obligations, les violations et les sanctions dans une organisation, et notamment dans un système multi-agents3.
modifier La logique déontique standardLa logique déontique standard, connue dans la littérature sous le sigle SDL (pour Standard Deontic Logic) C'est la forme la plus simple et la plus communément répandue de logique déontique, bien que non exempte de défauts. Elle sert souvent de base à des améliorations, en vue d'intégrer les notions déontiques à d'autres notions logiques. modifier SyntaxeLa logique déontique standard est une logique modale normale, comportant une unique modalité O ou Ob, qui dénote l'obligation. Comme dans toutes les logiques modales, la modalité s'applique à des formules bien formées de la logique propositionnelle. À partir de la modalité d'obligation, on définit communément trois modalités abrégées Per, F et Op, qui désignent respectivement le caractère permis, interdit4 ou optionnel d'une proposition logique. Per est défini comme le dual de Ob, F comme l'obligation de la négation, et Op comme le dual de F. Dans nos exemples, p représentera une formule bien formée de la logique déontique standard, donc pouvant contenir des modalités d'obligation.
On définit également parfois une quatrième modalité abrégée G, qui dénote le caractère gratuit (ni obligatoire ni interdit) d'une proposition logique.
Le tableau d'équivalence suivant résume les relations entre les quatre modalités principales de la logique déontique standard :
la première ligne de ce tableau se lit ainsi : « il est obligatoire de faire p », ce qui est équivalent à « il est interdit de ne pas faire p », « il n'est pas permis de ne pas faire p » ou encore « p n'est pas facultatif ». modifier AxiomatiqueLa logique déontique standard est un système de logique modale KD. Aux règles d'inférence de la logique propositionnelle s'ajoute la règle de nécessitation (RN) : (RN) Si Cette règle dit que si une formule est un théorème du système, alors l'obligation de cette formule l'est également. Aux axiomes de la logique propositionnelle s'ajoutent les axiomes (K) (distribution déontique, ou axiome de Kripke) et (D) : (K) (D) L'axiome (D) dit que toute formule obligatoire est permise, il garantit la cohérence morale d'une théorie déontique consistante. Il empêche qu'une formule soit à la fois obligatoire et interdite dans une même théorie. Les axiomes cités ici sont en fait, stricto sensu, des schémas axiomatiques, où les variables muettes p et q peuvent être remplacées par toute formule bien formée de la logique déontique standard. modifier LimitationsLa logique déontique standard est une formalisation mathématique de concepts philosophiques. Le choix de s'appuyer sur la logique modale normale présente des avantages calculatoires notables, mais engendre des incohérences et des paradoxes d'un point de vue philosophique, qui sont les principales critiques adressées à la logique déontique standard. Parmi les plus importants, on peut citer :
Si p désigne « poster une lettre » et q « brûler une lettre », alors qu'il soit obligatoire de poster une lettre implique qu'il est obligatoire de la poster ou bien de la brûler ;
La formule implique que si l'on fait ce qui est interdit, alors on peut en dériver n'importe quelle obligation. Si p signifie « voler une voiture » et q « écraser un piéton », alors la formule signifie que s'il est interdit de voler une voiture, alors il est obligatoire que si l'on vole une voiture, on écrase un piéton ;
Si Ici q désigne une action indésirable, comme « une personne se fait agresser », et p une bonne action qui ne peut avoir lieu que si la mauvaise action a lieu, comme « secourir une personne qui se fait agresser ». Comme l'un implique forcément l'autre, si l'on est obligé de secourir une personne agressée, alors il est obligatoire qu'une personne se fasse agresser ;
Si l'on est autorisé à faire deux actions p et q au choix, il est intuitif de considérer que l'on est autorisé à faire chacune des actions. Or, ce n'est pas un théorème de la logique déontique standard, et cette conclusion ne peut être dérivée.
Ces trois affirmations, intuitivement cohérentes (pouvant décrire une situation réelle), s'écrivent de manière logique comme suit, si p signifie « Jones va aider ses voisins » et q « Jones prévient ses voisins »: Or cette formulation conduit à une contradiction logique.
De cet énoncé logique curieux mais cohérent, on peut déduire par la logique déontique standard qu'il est obligatoire que John Doe tue sa mère, ce qui n'est évidemment pas un résultat souhaitable, ni découlant intuitivement des prémisses. modifier Autres logiques déontiquesmodifier Logiques basées sur la logique déontique standardIl existe de nombreuses propositions pour des logiques déontiques qui constituent des extensions de la logique déontique standard. Suivant les cas, ces logiques sont conçues pour un cadre applicatif spécifique, ou bien comportent des modifications qui visent à contourner certains des paradoxes de la logique déontique standard. Ces modifications peuvent par exemple consister en un apport au niveau axiomatique13, un ajout de modalités, un interfaçage avec une autre logique modale normale (classiquement, une logique temporelle1). modifier Logiques basées sur d'autres paradigmesCertains travaux cherchent à éviter les paradoxes de la logique déontique standard en s'affranchissant de la sémantique des mondes possibles, qui impose une logique modale normale. Hansson notamment se base sur une relation de préférence entre les différents prédicats du système pour construire une nouvelle relation d'accessibilité entre les mondes14. À l'heure actuelle, de telles démarches permettent effectivement de circonvenir plusieurs limitations de la logique déontique standard, mais n'offrent pas la souplesse axiomatique de la sémantique des mondes possibles. Notamment certains axiomes couramment acceptés ne sont pas représentables dans la sémantique. modifier Notes et références
modifier BibliographieLa logique déontique a évolué énormément en quelques années. La bibliographie est donc organisée chronologiquement.
modifier Voir aussimodifier Articles connexesmodifier Liens externes
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