Hindouisme.html

 
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L'hindouisme, ou Sanâtana-dharma – सनातन धर्म – de son nom sanscrit, est l'une des plus vieilles religions du monde encore pratiquées1. Son origine remonte à la civilisation de l'Indus (Shindou)2, première manifestation de la culture indienne apparue aux environs du IIIe millénaire av. J.-C2. Avec plus de 900 millions de fidèles, l'hindouisme est actuellement la troisième religion la plus répandue dans le monde (après le christianisme qui compte environ 2,2 milliards de fidèles et l’islam 1,35 milliard)3.

La pratique hindouiste est issue d'une tradition orale très ancienne. La particularité de l'hindouisme est de n'avoir ni prophètes ni dogmes centraux4. Cependant, les hindous croient en l'autorité des Vedas, qui, selon la Tradition, furent révélés par Brahmâ aux hommes, grâce à la « vision » des Rishis.

L'hindouisme se présente comme un ensemble de concepts philosophiques issus d'une tradition remontant à la protohistoire indienne. Cette religion a assimilé les croyances et les philosophies venues des nombreuses conquêtes et invasions qui se sont déroulées sur le sous-continent indien. En conséquence, l'hindouisme a beaucoup évolué au cours du temps, des cultes phalliques ou de déesses-mères à sa forme triadique, en passant par le védisme aryen, polythéiste et aniconique, et le brahmanisme.

L'hindouisme ancien dépassait le simple cadre religieux. Au-delà du syncrétisme théologique, l'hindouisme était un vecteur pour toutes les sciences : le droit, la politique, l'architecture, l'astrologie, la philosophie, la médecine, etc., comme d'autres savoirs qui avaient en commun le substrat religieux.

Sommaire

modifier Origines du terme « hindouisme »

Historiquement, le mot « hindouisme » ne faisait pas référence à un système de croyances religieuses ; le terme, d’origine persane se rapportait aux personnes qui vivaient de l’autre côté. Après la colonisation britannique, le terme fut employé pour désigner un ensemble disparate de faits religieux.

Selon un point de vue plus récent, un hindou est celui qui croit à la philosophie exposée dans les Vedas (Le mot Veda peut être traduit par savoir).

L'hindouisme ou sanâtana dharma s'apparente davantage à un mode de vie ou de pensée qu’à une religion organisée. Ce qu'on appelle « hindouisme » aujourd'hui est la tentative de rassembler les croyances disparates issues de l'ancien panthéon védique éclipsé par la popularité de Shiva, de Vishnou ou de Krishna5.

L'hindouisme est aussi appelé religion aryenne (Arya Dharma), ce qui signifie religion noble. On trouve aussi le terme de Vaidika Dharma (la religion védique).

modifier Définition de l'hindouisme par la cour suprême de l'Inde

En 1966, la cour suprême de l'Inde a défini le cadre de la foi hindoue6 comme suit :

  1. l’acceptation respectueuse des Vedas en tant que plus Haute Autorité sur les sujets religieux et philosophiques et l’acceptation respectueuse des Vedas par les penseurs et philosophes hindous comme base unique de la philosophie hindoue,
  2. l’esprit de tolérance et de bonne volonté pour comprendre et apprécier le point de vue de l’adversaire, basé sur la révélation que la vérité comporte plusieurs apparences,
  3. l’acceptation des six systèmes de philosophie hindoue et d’un rythme du monde qui connaît des périodes de création, de conservation et de destruction, périodes, ou yuga, se succédant sans fin,
  4. l’acceptation de la croyance dans la renaissance et la pré-existence des êtres,
  5. la reconnaissance du fait que les moyens ou les manières d’accéder au salut (moksha) sont multiples,
  6. le fait que, malgré le nombre des divinités à adorer, on peut être hindou et ne pas croire qu’il faille adorer des idoles,
  7. à la différence d’autres religions, ou croyances, la religion hindoue n’est pas liée à un ensemble défini de concepts philosophiques.

modifier Histoire de l'hindouisme

À l'âge du bronze, la civilisation de la vallée de l'Indus présente les premiers éléments de ce que l'on appelle aujourd'hui l'hindouisme, tel que les bains, les symboles phalliques comparables au Shiva lingam ainsi que des Svastika7.

Un sceau découvert à Mohenjo-daro, un site archéologique, est considéré comme une des premières représentation de Shiva8

Durant la période védique, à l'âge de fer, les quatre Védas, qui constituent les textes fondateurs de l'hindouisme, ont été composés entre 1500 et 800 avant J.-C. Plusieurs divinités du Rig-Veda ont été ensuite reprises ou révisées par l'hindouisme.

De 1000 à 600 avant J.-C, la portions concernant les mantras est complétée et le brahmanisme dominés par les prêtres est florissant. Mais les premières Oupanishads viennent atténuer cette domination et des textes comme le Shatapatha Brahmana vient s'attaquer au ritualisme rigide et à l'élitisme de cette époque afin de favoriser l'approche mystique. C'est aussi à cette époque où apparaît le Bouddha.

Au Moyen-âge, l'hindouisme des brahmanes retrouve un nouvel essor. L'hindouisme que l'on connaît aujourd'hui est principalement issu de ce nouveau courant qui a profité du déclin du bouddhisme des IVe siècle et Ve siècle .

Au XXe siècle, l'hindouisme s'est répandu hors de l'Inde et en particulier en occident. Vivekananda fit une première présentation en 1893 au parlement mondial des religions à Chicago.

modifier Les écritures sacrées

Les écritures sacrées de l’Inde antique se classent grossièrement en trois catégories.

  • les Védas, les écritures antiques de la religion védique de laquelle l’hindouisme moderne dérive. Les Védas sont considérées comme les écritures religieuses les plus anciennes du monde.
  • les écritures hindoues post-védiques.
  • l'ensemble les écritures des mouvements dissidents comme le bouddhisme et le jainisme. Ceux-ci étaient en grande partie des réactions contre les Védas, mais ils ont beaucoup emprunté aux deux premières, en terme d’enseignement et de conception générale de la vie.

modifier La Śruti : Les Védas

Passage en sanskrit du Rig-Veda

On s’accorde à penser que les Védas sont les textes religieux les plus anciens au monde. Les Védas sont considérés comme Shrouti (révélés) par les hindous. On dit qu'ils sont révélés par le Brahman aux sages/scombres (rishis), alors que ces derniers étaient en méditation profonde. Les idées exprimées dans les Védas ont été, tout d’abord, transmises oralement de père en fils et de professeur à disciple. Par la suite, ces idées, qui circulaient depuis longtemps, auraient été codifiées et compilées par un sage appelé Vyaça (littéralement, le compilateur, bien que le nom puisse avoir désigné un groupe de personnes personnifiées pour les besoins de la tradition). Sur la base d’indices internes et externes, les chercheurs ont avancé diverses dates pour l’origine du Véda, s’étendant approximativement de 5000 av. J.-C. à 1500 av. J.-C.9.

Dans la vision hindoue traditionnelle, les Védas seraient non personnels et sans commencement ni fin, ce qui signifie que les vérités décrites dans les Védas sont éternelles et qu’elles ne sont pas des créations de l’esprit humain, ce en quoi elles diffèrent des enseignements du bouddhisme et du jainisme .

Il y a quatre Védas : le Rig-Veda, le Yajur-Veda, le Sama-Veda et l’Atharva-Veda plus tardif. Le Rig-Veda contient des mantras pour invoquer les devas pour les rites de feu-sacrifice ; le Sama-Veda, c'est le cantique, avec des notations musicales ; le Yajur-Veda a des véritables instructions pour les sacrifices ; et le Atharva-Veda comprend des charmes philosophiques et demi-magiques (sic) — des charmes contre les ennemis, les sorciers, les maladies et les erreurs pendant le rite sacrifiant. Chacun est divisé en quatre sections :

  • les Samhitâ : les mantras et les hymnes ;
  • les Brâhmana : les textes liturgiques et de rituel ;
  • les Âranyaka : la section théologique ;
  • les Upanishad : la section spéculative.

Les Vedas sont constitués de textes mystiques et d'allégories. Beaucoup d'écoles comme celles issues de l'Advaita vedanta encouragent leurs élèves à interpréter les Veda philosophiquement et métaphoriquement, mais pas trop littéralement. Le son des mantras védiques (et du sanscrit lui-même) est considéré comme « purifiant » par beaucoup d'hindous, cela implique la rigueur dans la prononciation. La tradition orale rigoureuse de transmission des Vedas a permis qu'il soit préservé dans le temps.

La religion védique, que l'on pense issue de l'invasion aryenne, en particulier dans sa période archaïque, était différente de l’hindouisme actuel par de nombreux aspects : en particulier la référence aux femmes comme autorité religieuse (avec existence de femmes rishis), (sanskrit, rsi : sage); le védisme était aniconique (l'idolâtrie était en revanche une pratique des autochtones, les dravidiens, pratiquant la zoolâtrie, le culte des arbres et des fleuves — voir à religion harappienne, Gange et vache sacrée); et un panthéon nettement différent, avec Indra comme « roi des dieux », et de rares mentions de la trinité postérieure de Brahmâ, Vishnou et Shiva (qui sont, par la suite, devenu les dieux principaux)). Les Aryens ont exécuté des feux-sacrifices appelés yajña, avec le chant des mantras védiques, mais ils ne construisaient pas de temples, d'idoles ou d'icônes ( — encore une fois : contrairement aux autochtones dravidiens). Les animaux ont probablement été également sacrifiés dans quelques plus grands yajñas, comme dénoncés par les textes bouddhistes et jain.

modifier La Smriti : Les écritures hindoues post-védiques

Passage du Mahâbhârata

Les Vedas sont désignés sous le nom de Shruti (ce qui est révélé). Les livres plus récents sont appelés Smriti (ce qui est rappelé ou mémoire/tradition). Tandis que la littérature shruti est écrite en sanskrit védique, les textes smriti sont en sanskrit classique (plus facile), et pour certains, en prâkrit, ou langue commune. Puisqu’accessible à tous, la littérature smriti a connu une grande popularité dans toutes les couches de la société indienne, et ce dès le début. Aujourd’hui même, la plus grande partie du monde hindou est plus familière avec le smriti qu’avec la littérature shruti réservée (tardivement) à la caste dominante des brahmanes. La smriti correspond ainsi à la littérature populaire, et, en tant que telle, elle est théoriquement moins ardue que la shruti (la shruti remontant à l'aube de l'Inde c'est-à-dire à l'époque védique, est aujourd'hui, du fait de son langage et son vocabulaire, sujet à interprétation). La smriti (collection de 36 textes selon Paithina) est le pendant populaire de la shruti, à travers l'histoire des Dieux et des héros, elle instruit sur la pensée indienne. Les écritures révélées ou Shrutis font autorité sur les écritures mythologiques ou Smritis et cela indépendamment du sujet traité. La majorités des livres de la Smirti font références aux écritures sacrés des Vedas; leur but est de décoder les messages ancestraux et de les enseigner à la population. Cette seconde littérature n'est pas pour autant de moindre valeur, elle est au contraire très riche et offre des dialogues philosophiques très poussés.

La littérature smriti inclut :

  • les Itihâsas : les épopées comme le Râmâyana, le Mahâbhârata (avec sa partie, la Bhagavad-Gita).
  • les Purânas ou textes mythologiques centrés sur un aspect particulier du divin. Ils sont au nombre de 18 pour les principaux, ce sont les écrits les plus populaires de l'Inde: l'hindouisme actuel leur doit beaucoup.
  • les Âgama(s), traités théologiques au nombre de 28 qui sont complétés par les Upâgama (Âgama mineurs) et
  • les Darshanas, textes philosophiques.
  • Les Dharmashâstra(s) (ou livres de loi) font également partie du smriti. De temps en temps, apparaissent de grands législateurs (comme par exemple Manu, Yajnawalkya et Parasara) qui codifient les lois existantes et éliminent les règles désuètes pour s’assurer que la façon de vivre hindoue reste conforme à l’esprit védique tout en étant en accord avec le temps présent. Mais puisque la religion hindoue n'a pas de dogme, ces textes de Smriti ne sont pas obligatoirement suivis par la plupart des hindous. En fait, quelques personnes disent que les Britanniques ont popularisé le Manu-Smriti pour imposer un code uniforme de loi sur les hindous.

La philosophie hindoue décrite dans les épopées et les Puranas est centrée d'abord sur celle de la doctrine de l’avatar (incarnation, partielle ou totale, d'un dieu en être d’humain). Les deux avatars principaux de Vishnou qui apparaissent dans les épopées sont Râma, le héros du Râmâyana, et Krishna, le protagoniste majeur du Mahâbhârata. À la différence des devas de la Samhitâ védique et du concept abstrait de Brahman issu des Upanishads (qui décrivent le divin comme étant omniprésent, impersonnel et sans forme), les avatars de ces épopées sont des intermédiaires humains entre l’être suprême et les mortels qui offrent une idées du divin plus moderne et accessible. Dieu y est décrit comme personnel et proche de sa création (dans le Bhagavata Purana, Krishna est un pâtre, sa création son troupeau).

Cette doctrine a eu un grand impact sur la vie religieuse hindoue, parce qu’elle montre que Dieu s’est manifesté sous une forme qui pourrait être appréciée même par le plus modeste des hommes. Râma et Krishna sont depuis des milliers d’années des manifestations du divin, aimées et adorées des hindous. Le concept du brahman des Upanishad est assurément le pinacle de la pensée religieuse indienne, mais le concept des avatars a certainement eu plus d’influence sur l’hindou moyen. Les hindous attachent plus d'importance à l'éthique et aux sens métaphoriques transmis par ces textes, qu'à la mythologie littérale.

modifier Cosmogonie et divinités

Icône de détail Article détaillé : Cosmogonie (hindouisme).

La cosmogonie hindoue enseigne que le principe de toute vie, de tout progrès, de toute énergie, réside dans les différences, les contrastes10.

La cosmogonie hindoue est la théorie hindouiste de la création de l'univers et de son image. Celle-ci est caractérisée par un recours constant au chiffre 711.

Le monde a été créé en forme d'œuf (l'« œuf de Brahmâ »). La moitié supérieure de l'œuf cosmique se divise en sept zones : les trois premières, terre, air et ciel, forment ensemble le triloka (« trois mondes ») et sont surmontées par quatre régions célestes constituant la demeure des dieux11.
La moitié inférieure de l'œuf cosmique comprend sept régions infernales (patala), qui forment des étages et sont habitées par des démons et des serpents11.
Au-dessous de l'œuf cosmique se trouve l'Océan primitif, formé par sept autres zones infernales11.
La Terre est divisée en sept continents entourés de sept mers11.

modifier Le Brahman

Le Dieu des Védas, dans l'acception panthéiste voire panenthéiste du terme, est le Brahman12(prononcé comme /brəh mən/), qui est la Réalité Ultime, l'Âme Absolue ou Universelle (Paramatman), l'Un13.

« Tu es la femme. Tu es l'homme. Tu es l'abeille bleue et le vert papillon aux yeux rouges. L'éclair est ton fils. Tu es les saisons et les mers. Tu es le Tout, tu es l'omniprésent ; tout ce qui est naît de toi. »
    — Oupanishad2.

Le Brahman est l'indescriptible, le neutre, l'inépuisable, l'omniscient, l'omniprésent, l'original, l'existence infinie, l'Absolu transcendant et immanent (voir panenthéisme), l'éternel, l'Être, et le principe ultime qui est sans commencement et sans fin,– dans l'univers entier13. Le Brahman (qui ne doit pas être confondu avec la divinité Brahmâ ou le nom des prêtres hindous, les brâhmanes) est vu comme l'Âme Cosmique13.

Cet Absolu, que les hindous désigne aussi par le nom de tat en sanscrit (« Cela ») est par sa nature même impossible à représenter13. L'Absolu est tantôt manifesté : Tat Vam Açi (तत्त्वमसि : Tu es Cela), ou « Tout cela est Brahman » disent les Ecritures13, tantôt non-manifesté : « le Brahman est Vérité, le monde est Illusion », disent aussi les Ecritures13.

« Il se meut et il ne se meut pas, il est loin et il est proche. Il est au dedans de tout et il est au dehors de tout. »
    — Iça Oupanishad14.

Il est parfois évoqué un Brahman supérieur, le Parabrahman13. Le Brahman peut en effet être considéré sans attributs personnels, sans forme (Nirgouna Brahman), d'une façon totalement abstraite, ou avec attributs, avec forme, au travers de la multitude des divinités (Sagouna Brahman)13.

modifier Trimoûrti

Icône de détail Article détaillé : Trimoûrti.
Trimoûrti : Brahmâ, Vishnou et Shiva.

La nature du Brahman ne l'empêche pas de se manifester sous la forme d'un dieu personnel13. L'hindouisme, selon les courants religieux, donne divers noms au dieu personnel. Un nom général existe cependant, celui d' Ishvara (litt., « le Seigneur Suprême »), terme surtout philosophique, car, dans la pratique du culte et de la vie quotidienne, on ne s'adresse guère qu'à l'un des membres de la Trimourtî : (Shiva et Vishnou, et, plus rarement, Brahmâ (puisque ce dernier en créant les créatures vivantes engendre le samsara, le cycle des réincarnations que l'on doit abandonner, « opposé » à Moksha, la libération)13.

Les dieux personnels majeurs sont ceux de la Trimourtî. Ce sont Brahmâ, Vishnou et Shiva, qui correspondent respectivement à l'action créatrice, conservatrice et destructrice de l'Absolu transcendant (Brahman)13. Ils représentent trois aspects inséparables de la structure de l'univers13.

Dans les manifestations personnelles (divinités) du dieu impersonnel (Brahman), l'hindouisme est une religion polythéiste1315 ; à ce titre, cette religion comporte une variété et une diversité (le chiffre est parfois considéré symbolique16) de 330 millions de divinités.

« Si dans la Multitude nous poursuivons avec insistance l'Un, c'est pour revenir avec la bénédiction et la révélation de l'Un se confirmant dans le Multiple. »
    — Shrî Aurobindo17.

L'hindou peut vénérer le Brahman sous la forme d'une divinité de son choix, sans pour autant rejeter l'existence d'autres divinités, considérant Ganesh, par exemple, comme l'incarnation suprême du Brahman (cet hindou sera un ganapatya, et shivaïte) : dans ce cas, l'hindouisme est un hénothéisme. Néanmoins, selon cet aphorisme du Brahmanoûtchîntamam :

« Celui qui adore un Dieu comme différent de lui, en pensant : " il est un autre. Je suis un autre", cet homme ne connait pas le Brahman : il est pareil à un animal pour les Dieux18. »

Il n'y a pas dans l'hindouisme de conflit entre polythéisme et monothéisme : la religion, la philosophie et les théories qui les accompagnent ne sont que des chemins qui tentent de décrire le (Brahman) au-delà duquel il n'y a plus rien, et la manière de se fondre en lui.

Depuis Dumézil qui à mis en lumière la fonction triadique dans les civilisation Indo-Européenne, un parallèle formel entre la trimurti et la trinité chrétienne peut être établi (ce qui n'induit pas un rapprochement théologique entre les traditions chrétiennes et hindoues): en effet, en Inde, on représente la divinité comme triple, on appelle ce principe la trimurti dans le panthéon hindou : Brahma, Vishnu et Shiva, sont trois aspects du divin. Brahma désigne symboliquement le créateur, Vishnu représente le conservateur et Shiva représente le destructeur dans le cycle de l'existence. Cette triple Nature se rapprocherait de l'énoncé du Moyen-Âge (??) européen : spiritus, anima, corpus19.

Icône de détail Article détaillé : Triades indo-européennes.

L'hindouisme est une religion dont les différentes divinités sont, aujourd'hui, considérées comme les formes différentes d'une même expression divine sous-tendue par une réalité ultime. La question, sur la nature exacte de cette dernière (immanente ou transcendante, personnelle ou impersonnelle) dépend des différents courants. Depuis la Chandogya Upanishad20, cette philosophie de l'unité divine est devenue très importante dans la littérature sacrée. Le mantra Tat Vam Asi (तत्त्वमसि  : Tu es Cela) célèbre cette unité de la création avec son créateur, qu'il soit personnel ou impersonnel. Cette complexité de l'Hindouisme ne transparaît que relativement dans la pratique populaire, le peuple étant tenu à l'écart des livres sacrés encore réservés à l'élite cultivée. Un épisode du Srimad Bhagavatam met en avant cette réalité: le dieu Krishna, avatar de Vishnu, demande aux habitants de Vrindâvana d'abandonner le culte d'Indra au sien, puisque Krishna se présente comme le Dieu suprême dont Indra n'est qu'un fragment.

modifier Divinités majeures et mineures

Les diverses incarnations (avatar) de la Trimurti (Krishna est un avatar de Vishnou) sont des divinités majeures. Les divinités mineures sont des créations ou des procréations des divinités mineures. Ganesh, qui est une divinité importante dans l'hindouisme, est lié à Shiva en tant que procréation ou création selon les mythes développés à son sujet.

modifier Les dévas

Statue de la divinité Lajjagauri ; on la nomme Lajjagauri (« déesse timide »), à cause de son visage en forme de fleur, qui symbolise l'impersonnalité22 (ou l'immanence). Le corps féminin : la Nature, et les cuisses écartées : la possibilité d'engendrer.

La religion hindoue croit en l'existence d'entités célestes appelées devas (ou dévas). Le féminin de deva est devî (ou dévî). La question de la nature de ces devas peut être analysée selon ces trois points :

  1. Selon la philosophie de l’Advaita Vedânta, et certains passages de la Bhagavad-Gîtâ23, des Upanishads et des Vedas ; tous les devas sont les manifestations sous une forme mondaine du Seigneur suprême (Îshvara). Le dévot conçoit des formes anthropomorphiques de Dieu dans son esprit afin de l'adorer. Le Rig-Veda dit : ekam sat vipra bahudha vadanti — «Le Vrai Dieu est Un, bien que les sages s'adressent à lui par des noms multiples». Ce point de vue est celui que considère strictement la secte de Smarta.
  2. Selon les philosophies du Nyâya, du Vaishéshika, du yoga, de certains vers de la Shruti et de certaines pensées Shivaites et Vaishnavites; les devas sont ces êtres célestes subordonnés au Seigneur suprême (Îshvara), mais sont au-dessus des humains.[réf. souhaitée]
  3. Selon la philosophie de la Mimâmsâ, tous les devas et devîs sont les souverains des forces de la nature et Îshvara n'existe pas[réf. souhaitée]. Pour faire en sorte qu'un désir soit réalisé, les humains doivent plaire à un ou plusieurs de ces devas et doivent les adorer avec des rites rigoureusement codifiés.

Les textes védiques les plus anciens recensent 33 devas. Par la suite, des chiffres exponentiels (jusqu'à 330 millions) ont été créés, mais toujours en gardant à l'esprit que le Brahman est omniprésent24. Plus précisément, les écritures hindoues et la plupart des pensées Shaivites et Vaishnavites considèrent le deva comme une combinaison de deux premiers points de vue ; par exemple, Krishna est considéré comme Îshvara et tous les dieux lui sont subordonnés, et simultanément, tous les autres dieux sont vus comme les manifestations mondaines de Krishna. Mais la troisième conception n'est pas mentionnée dans les écritures.[réf. souhaitée]

Quelle que soit la nature des devas (aussi appelé dévatâs), ils sont une partie intégrante de la culture hindoue. Les 33 devas védiques incluent Indra, Agni, Soma, Varuna, Mitra, Rudra, Prajâpati, Vishnu, Aryaman et les Ashvins ; les devîs importantes étaient Sarasvatî, Ûshâ et Prithivi. Indra est le roi des dieux (Vishnou, pour un vishnouite, est le Dieu des dieux).

Bien que la mythologie hindoue mentionne plusieurs classes d'êtres démoniaques (les rakshasas, les daityas, les dânavas, les pishâchas ou les non-dieux, les asuras), opposés aux esprits célestes (appelés devas), Gandarvas, Vidyadharas, elle ne croit pas au concept du Mal. « Les oppositions, dualités, polarités, sur lesquelles insiste tant l'hindouisme, ne sont pas constituées par des entités indépendantes, fixes, aux caractère immuables et contradictoires telles que le christianisme populaire se représente Dieu et le Diable25 Cela signifie que le mal dans le monde n'est pas attribué à une force supérieure mais à l'ignorance humaine et donc comme une conséquence possible du libre arbitre26 et de la Nature. La mythologie indienne n'oppose pas le Bien contre le Mal : les batailles sont celles de classes d'êtres contre d'autres, d'une idée contre une autre, où les plus nobles sortent victorieuses.

On trouve parmi les dévas, les Lopakalas (les divinités du védisme recyclée dans le panthéon du sanatana dharma), les navagrahas (les neuf planètes de l'astrologie indienne).

modifier La syllabe mystique OM

Icône de détail Article détaillé : Om̐.
L'Omkara (ou Aum)

Om (ou Aum) est un des symboles sacrés de l'hindouisme. C'est le son primordial qui surgit du chaos avant la Création, il est la source de l'existence. Il est utilisé comme préfixe et parfois suffixe aux mantras et à toute prière hindoue. Il représente la contraction des trois états de la matière : Sattva, Tamas et Raja et représente l'univers.

Écrit « Om », il est la contraction de Aum, « m » étant la résonance et « o », la vibration originale27.

Ôm en langue tamoule

Le son Ôm (ou Aum, ॐ) est empli d'un message symbolique profond : il est considéré comme la vibration primitive divine de l'Univers qui représente toute existence, entourant toute nature dans Une Vérité Ultime2.

Ainsi, le son, produit d'une façon prolongée, résultat de la combinaison de trois sons A-U-M (de la triade à l'unité), signifie « ce qui a été, est et sera », et possède, pour ceux qui se voue à la méditation, une force à la fois magique et religieuse2. Un Oupanishad affirme :

« Comme s'agglomèrent toutes les feuilles enfilées sur une tige qui les traverse, de même toute parole se fond dans le son OM. Le son OM est tout cet univers2. »

modifier Écoles et courants

Des élaborations philosophiques, constituant la source de ce qu'on appelle aujourd'hui « hindouisme », ont été transmises oralement pendant des siècles et ont commencé à être transcrites dans la première moitié du Ier millénaire av. J.-C. Le système religieux et culturel qu'on appelle hindouisme s'est développé dans le sous-continent indien et n'est que rarement sorti de ses frontières28.

modifier Les six grands systèmes philosophico-théologiques

Icône de détail Article détaillé : philosophie indienne.

L'hindouisme a développé des astika antiques, ou écoles orthodoxes (car acceptant l’autorité des Vedas) de philosophie, ou shadarshana. Ces systèmes, ou « visions » (darshana), de l'hindouisme classique sont au nombre de six ; chacun d'entre eux est le fruit d'une longue élaboration dont témoigne une vaste littérature28:

  1. Sâmkhya, l'un des plus anciens est le système de pensée fondé sur un dualisme entre l'esprit (Purusha) et la nature (Prakriti), qui fut à l'origine détaché des spéculations théologiques.
  2. Purva-Mimamsa (également appelé Karma Mimansa ou la Mîmâmsâ), système tourné autour de l'éclaircissement du Veda.
  3. Uttara Mimamsa — appelé plus communément l' Advaita Vedânta —, système centré sur la métaphysique et la nature mystique des Upanishads.
  4. Yoga, un système basé sur une pratique personnelle (posturale, respiratoire et méditative) pour atteindre la libération, la délivrance (मोक्ष, mokṣa).
  5. Vaisheshika, le système qui a proposé la théorie atomique pour la première fois,
  6. Nyâya, le système de la logique de l'Inde (les 16 critères de « raisonnement valide »), et dernier des courants philosophiques hindous.

Les nâstika ou écoles non-orthodoxes — qui ne sont pas discutées dans cet article — sont le jaïnisme, le bouddhisme et le chârvâka, l'athéisme ancien classique de l’Inde qui réfute l’existence de l’âme ou âtman.

modifier Les écoles et courants théistes

La Devi Sarasvati. C'est la déesse de la connaissance, des arts et des sciences. Ici elle est montrée avec un paon, mais son véhicule peut être aussi le cygne.

Certains courants considèrent l’hindouisme comme une religion hénothéiste ou même panenthéiste. Les diverses divinités et avatars adorés par les hindous sont considérés comme différentes formes de l’Un, le dieu suprême, ou Brahman, formes adoptées qui seules sont accessibles à l’homme (on prendra garde à ne pas confondre Brahman, l’être suprême et la source ultime de toute énergie divine, et Brahma, le créateur du monde).

Ce chemin vers la connaissance suprême orthodoxe (inanamarga), prôné par les six écoles hindouistes, reste le privilège d'une élite intellectuelle restreinte, le croyant populaire mélangeant souvent tous ces courants de pensée. Toutefois, trois grands courants théistes de l'hindouisme se démarquent de façon relativement importante dans toutes les couches de la population: le vishnouisme, le shivaïsme et le shaktisme28. À l'intérieur de ces courants, de nombreuses écoles se sont développées, qui se différencient surtout par leur interprétation des rapports existant entre Être suprême, conscience individuelle et monde, ainsi que des conceptions ésotériques qui en dérivent28. Les textes védiques (Vedas, Upanishads, etc.) constituent une référence pour les trois courants, même si chacun d'entre eux les complète par les écrits (Purana-s, Gita-s, etc.) qui leur sont propres28. Ces écrits ne s'excluent pas, car l'hindouisme admet la coexistence de voies différentes vers le salut (Moksha)28. Ainsi le choix d'un courant n'implique pas le rejet des autres28.

Le brahmanisme, qui est la nouvelle forme de la religion védique (voir védisme), se divise en branches, elles-mêmes subdivisées en sectes :

  1. Le vishnouisme ou vaishnava qui se rapporte au culte de Dieu en tant que Vishnu ou l'un de ses avatars. Les Livres sacrés sont le Bhâgavata Purâna - souvent appelé Shrîmad-bhâgavatam - et la Bhagavad-Gîtâ.
  2. Le shivaïsme ou shaivisme qui se rapporte au culte de Shiva dont la Légende est rapportée dans le Shiva Purâna29. La divinité Rudra des Vedas s'identifie avec Shiva.
  3. Le shaktisme, se subdivise en deux ou trois branches selon les classifications et se rapporte à la réalisation de shakti, l'aspect « acte de prise de conscience » souvent associé à une forme de Devî, la déesse mère (comme Kâlî, Durga, etc. - le shaktisme est lié au tantrisme : l'un et l'autre constituent, d'une certaine manière, le développement extrême de l'hindouisme28).

Chacun de ces cultes se pratique avec les mêmes moyens philosophiques ou de yoga, ce sont leurs méthodes qui diffèrent. Ces dénominations ne devraient pas être considérées comme des « Églises », parce qu'il n'y a aucun dogme central dans l'hindouisme, et les croyances individuelles sont toujours respectées. D'ailleurs, une importante majorité des hindous modernes peut ne pas se considérer comme appartenant à une dénomination précise.

Selon une estimation générale, les Vaishnavas constituent approximativement une majorité d'hindous à ce jour, estimant que Vishnou personnalise le Brahman, le vénérant souvent par le biais, entre autres, des deux avatars — ou incarnations terrestres — de Vishnou, Râma et Krishna. Les hindous non-vishnouïtes sont le plus souvent des Shivaïtes (surtout localisés dans le Sud de l'Inde), qui considèrent Shiva ou ses fils comme le représentant du Brahman ; le reste assimile la Shakti au Brahman, Ishvari ou la déesse Kâlî/Durga. Mais bien souvent, le croyant hindou possède chez lui les représentations de plusieurs de ces formes de Dieu (Ishvara).

modifier Bouddha dans l'hindouisme

Icône de détail Article détaillé : Bouddha dans l'hindouisme.

Dans l'hindouisme, Bouddha est considéré comme un Avatar de Vishnou. Dans les textes pouraniques, il est le vingt-quatrième des vingt-cinq avatars, préfigurant une prochaine incarnation finale30. Un certain nombre de traditions hindoues[réf. nécessaire] parle du Bouddha comme du plus récent des dix avatars principaux, connus sous le nom de Daçavatar (Dix Incarnations de Dieu).

modifier Croyances, rituels et pratiques communes

modifier Les quatre buts de la vie

Kâmadêva, la divinité de l'amour et du désir (Kama)
Icône de détail Articles détaillés : Pouroushârthas et Dharma (hindouisme).

En parallèle des quatre périodes de la vie hindoue, l'hindouisme considère qu'il existe quatre buts à l'existence ou pouroushârtha. Les désirs humains étant naturels, chacun de ces buts sert à parfaire la connaissance de l'homme puisque, par l'éveil des sens et sa participation au monde, il en découvre les principes. Cependant, l'hindou doit se garder d'en être charmé, sous peine d'errer sans fin dans le cycle du samsâra.

  1. Kâma ou le désir : et plus particulièrement le désir et le plaisir amoureux. Dans la mythologie, le dieu Amour, kâma est la source de la création. Les Kâmasûtra31 exposent les moyens d'exalter les sens et d'épanouir la vie de couple. L'homme et la femme s'unissent et recréent l'unité divine. Le plaisir doit être dirigé dans le but de la connaissance et ne doit pas devenir un mode de vie qui conduirait à accomplir des actes immoraux ou adharmiques (contraire au Dharma, voir ci-dessous).
  2. Artha ou la prospérité matérielle : L'homme doit participer à la société en se créant un patrimoine et des relations qui seront le fruit de son travail. Il doit faire attention de ne pas se faire abuser par le charme d'une vie d'aisance, mais doit en retirer un enseignement. La période de Grihastha est propice au développement de ce but.
  3. Dharma ou le devoir : Le Dharma doit diriger toutes les quatre périodes de la vie hindoue. Le devoir permet à l'homme de poursuivre sa vie sur le droit chemin, en se conformant au droit et à la morale qui sont transcrits dans les Dharma-Sûtra ou le Manu-Samhitâ dit Lois de Manu32.
  4. Moksha ou la délivrance : Durant les deux dernières périodes de la vie de l'hindou, celui-ci recherche moksha. Mais il s'agit surtout du but ultime de la vie de l'Hindou qui peut y parvenir selon différents moyens, comme le Batki-Yoga (voir philosophie indienne). D'après la tradition hindoue, l'homme qui a manqué sa délivrance doit parcourir un cycle de 8 400 000 re-naissances dans d'autres conditions que la condition humaine avant d'y accéder à nouveau33. La conquête de cette liberté absolue constitue le but de toutes les philosophies et de toutes les techniques mystiques indiennes5.

Ces vers de Kalidasa résument parfaitement cette pensée:

« Enfants, ils s'attachent à l'étude; jeunes gens, recherchent les plaisirs; vieillards, pratiquent l'ascèse; et c'est dans le yôga qu'ils achèvent leur existence. »
    — (Raghuvamça 34)

modifier Les quatre étapes de la vie

La vie spirituelle d'un hindou est traditionnellement divisée en quatre stades ou âshrama35. Ces quatre stades sont étroitement liés aux quatre buts de la vie, chacun de ces stades permettant d'atteindre au mieux ces buts. Cette rigueur permettait d'accéder à une vie spirituelle remplie.

  1. Le Brâhmâcarya est la période de la vie de l'éducation. Elle consiste en l'étude approfondie des textes sacrés, principalement des Vedas. Ce stade est réservé aux enfants et aux étudiants, la chasteté et la continence en sont les principales vertus. Le guru ou maître spirituel est alors considéré comme le représentant de la divinité, l'élève lui doit obéissance et respect.
  2. Le Gârhastya correspond aux nécessités de suivre une vie active et mondaine : c'est celle du père de famille dans la force de l'âge dont le but est d'avoir une descendance et doit s'enrichir pour la survie de sa famille.
  3. Le Vânaprasthya est le stade qui correspond à une vie de retraite loin des attachements de la vie matérielle et de la famille. Une fois les buts matériels réalisés, l'observant quitte son foyer pour obtenir le salut.
  4. La Samnyâsa est le dernier stade de la vie qui permet d'atteindre Moksa, la libération spirituelle.36

Aujourd'hui, ces observances ne sont plus suivies avec rigueur. La philosophie de la bhatki qui consiste au culte des dieux tend à supplanter cette tradition.

modifier La société brahmanique — Les quatre varnas

Jeune brahmane shivaïte

« Les quatre varnas assumaient avec rigueur leurs responsabilités. Les brâhmanes suivaient scrupuleusement les règles de vie recommandées par les Ecritures : ils étaient plein de foi, de douceur et de bonnes manières, savant connaisseurs des Védas et de leurs six branches37. Les kshatriyas, guerriers, s'exerçaient dans les vertus du courage, de fidélité et de détermination : ils étaient attachés au code d'honneur de leur varna. Les vaïshyas, commerçants, artisans et agriculteurs, remplissaient avec honnêteté et dévouement les devoirs de leur métier, sans penser à des gains illicites. Les shoûdras servaient avec joie les autres varnas, et ils étaient hautement respectés pour leur zèle par les brâhmanes, les kshatriyas et les vaïshyas. »
    — Vâlmîki, Le Râmâyana38.

Après l'arrivée des Aryens, un peuple de nomades indo-européens, les prêtres de l'Indus affirmèrent leur suprématie en mettant en place le système des castes[réf. nécessaire], qui repose sur une division de la société en quatre varnas (« couleurs ») ou groupe de classes. La société hindoue a été traditionnellement divisée à partir de ces quatre grandes classes, basées sur la place que l'homme a dans le rituel védique et la profession39 :

  • les Brahmanes : les prêtres, le clerc enseignant ;
  • les Kshatriyas : les guerriers, les rois et les administrateurs ;
  • les Vaishyas : les paysans, commerçants et artisans ;
  • les Shudras : les serviteurs.

Ces classes sont dénommées varna et le système a été appelé Varna Vyavastha. Le système de varna est une partie intégrante de l'hindouisme, et il est strictement sanctionné par les Ecritures, le Véda39. Les textes de la Smriti (y compris les Lois de Manu) ont élaboré les règles de ce système. Précédemment, le système était seulement basé sur la profession, la place dans le rituel védique et le caractère, et il y a toujours eu des exemples où les gens ont librement changé de profession et se sont librement inter-mariés.

Plus tard, ce système fut fixé sur la naissance. Ainsi, avec l'évolution de plusieurs sous-castes (avec une classe des intouchables hors du Varna Vyavastha), le système a évolué vers le système de castes comme nous le connaissons aujourd'hui. Avec la modernisation, les différences des castes s'estompent dans l'Inde moderne, mais les tensions et les préjugés restent persistants, surtout vers le Dalit, où la caste des intouchables existe toujours.

Le système de caste basé sur la naissance, qui existe en Inde moderne, n'existait pas dans l'hindouisme védique antique. Un hymne célèbre du Veda indique :

« je suis un poète, mon père est un médecin, le travail de ma mère est de moudre le blé... »
    — (Rig-Veda40 9,112,3)

Le système des varnas s'explique théologiquement : en Inde, on considère que la société est également organisée selon l'équilibre du dharma. Cette organisation permet l'harmonisation des rapports entre les hommes et de définir les actes qui leur incombent. Ce souci d'équilibre a une origine doctrinale, car elle répond à la symbolique des gounas, ou qualités/saveurs. Aux trois gounas, correspondent trois couleurs (le noir, le rouge et le blanc) qui sont chacune associée à une varna. À l'origine, l'hindou ne naît pas dans une varna : il s'insère dans celle-ci en fonction du rôle qu'il est amené à jouer et des responsabilités qui lui reviendront. Beaucoup de textes mythologiques dénoncent l'usurpation au titre de brâhmane de certains personnages qui, sous couvert de la naissance, profitaient d'un statut valorisant sans s'acquitter de leurs devoirs. Mais, à la suite des invasions comme de la colonisation britannique, la règle s'est resserrée au profit des castes dirigeantes, enfermant les shoûdras dans un statut de dominés par la société.

« Il n'est point d'entité, ni sur la terre, ni au ciel parmi les dieux, qui ne soit sujette au jeu de ces trois qualités (gunas) nées de la nature. Les oeuvres des brahmanes, des kshatriyas, des vaïshyas et des shoûdras se distinguent selon les qualités (gunas) nées de leur propres nature intérieure. »
    — (Bhagavad-Gitâ,XVIII, II,40 et 41)

Pour l'hindouisme, chaque être est né différent de tout autre être10. Dans le nombre indéfini des combinaisons possibles des éléments qui constituent l'être vivant, il est pratiquement impensable que le même arrangement puisse se reproduire, que deux êtres soient absolument identiques, ayant la même nature, la même apparence, la même fonction, le même rang10. Toutefois, selon leurs caractéristiques, on peut classer les êtres en catégories qu'il s'agira pour chacun de réaliser afin de pouvoir atteindre la perfection de ce qu'il est, seul chemin du progrès intérieur10. Le système des varnas obéit à cette vision des choses.

La croyance hindoue soutient que ce système est « naturel »41 (voir La vie dans la Cité), qu'on le retrouve dans le règne animal (fourmis, abeilles et les mammifères vivants en troupeau) et dans l'organisation familiale (respect et autorité des parents et ancêtres), comme dans la société. Du point de vue hindou, ce système serait évolutif et s'adapterait avec la société.

Il existerait ainsi une distinction entre le système tel qu'il serait exprimé par les textes et son application courante. Aurobindo écrit: « Les paroles de la Gitâ se rapportent à l'ancien système de chaturvarna, tel qu'il existait ou est supposé avoir existé en sa pureté idéale — fut-ce jamais autre chose qu'un idéal, une norme générale, suivis de plus ou moins près dans la pratique? »43

Il est possible d'être rejeté de sa caste, mais, pour cela, les fautes de l'individu doivent être relativement graves. En Inde, on reconnaît cinq péchés majeurs ou mahâpataka, le plus grave étant le meurtre d'un brahmane (ou brahmahatyâ), mais la consommation d'alcool, le vol, l'adultère avec la femme de son gourou et la protection de criminels sont également sévèrement punis. Perdre sa caste peut être douloureux pour un hindou, puisque vivre au sein d'une communauté soudée offre un certain nombre d'avantages et de protections.

modifier Ahimsâ (la non-violence), le régime végétarien et la vache sacrée

Hindou en prière face à deux vaches

Ahimsâ est un concept qui recommande la non-violence et le respect pour toute vie, humaine et animale, et même végétale (voir les Bishnoï). Ahimsâ est assez souvent traduit par non-violence. En fait, ce terme signifie, dans son sens exact, non-nuisance à l'égard de tous les êtres vivants, ou respect de la vie sous toutes ses formes. Dans un sens positif, ou actif, l'ahimsâ est synonyme de compassion, de générosité. La racine sanskrite est hims (« nuire ») avec le privatif « a ». L'ahimsâ est fondé sur une injonction védique :

« माहिंस्यात सर्व्-भुतानि, mâhimsyât sarva-bhoutâni (qu'on ne nuise à aucun être vivant)44 »

Mais le terme ahimsâ apparaît pour la première fois dès les Oupanishads et dans le Raja-Yoga, c'est le premier des cinq yamas, ou vœux éternels, les restrictions indispensables du yoga.

À ce sujet, Bishma dit dans le Mahâbhârata :

«  La viande des animaux est comme la chair de nos propres fils45 »

La croyance en la réincarnation est fondamentale dans le bouddhisme le jaïnisme et dans l'hindouisme : nous avons été, nous sommes et nous serons (peut-être) tous des animaux au cours de nos innombrables vies.

L'Ahimsâ est la notion philosophique de l'hindouisme (mais aussi du bouddhisme ou du jaïnisme) qui introduit le végétarisme comme idéal dans l'alimentation. D'après certaines estimations, 85% de la population hindoue 46 suit un régime végétarien (pas de viandes, de poissons ni d'œufs ; les œufs fécondés sont considérés comme aliments non végétariens, en Inde47) : surtout dans les communautés orthodoxes de l'Inde du sud, dans certains États du nord comme le Gujarat ou du sud au Karnataka (où l'influence des jaïns est significative). Ce régime alimentaire est principalement fondé sur une nourriture à base de laitages et produits verts. Quelques-uns évitent même l'oignon et l'ail, étant considérés comme ayant des propriétés rajas, c'est-à-dire « passionnelles ». Dans l'Inde traditionnelle, un brahmane n'était rien sans sa vache, car elle lui fournissait l'offrande aux dieux la plus appréciée. Le svadharma (le dharma personnel) des brahmanes inclut le végétarisme, le brahmane étant appelé à mener une vie absolument pure 48. L'hindouisme encourage le végétarisme49. La consommation de viande, de poisson (et d'œuf fécondé) n'est pas promue, – seulement tolérée, tolérée dans le cadre du rang que l'hindouisme lui a assigné dès les Védas : inférieur, non respectueux de l'ahimsâ et impur par rapport à un régime végétarien50.

ici, Haridwar : les alcools et les aliments non-végétariens (viandes, poissons, oeufs) sont totalement prohibés dans cette ville sainte de l'hindouisme (comme dans presque toutes les villes saintes de l'Inde).

Certains brahmanes sont non seulement végétariens, mais végétaliens, c'est-à-dire qu'ils ne consomment aucun produit d'origine animale (lait, etc.).

D'une façon générale, les Oupanishads, déjà (à partir du VIe siècle av. J.-C.), soulignent que bêtes et les humains sont frères, puisque tous hébergent en eux l'âtman, et de ce fait sont les sanctuaires du Brahman (« Absolu », la plus haute notion de Dieu, dans l'hindouisme). C'est précisément parce que tous les êtres vivants sont le sanctuaire du Brahman, qu'il n'y a pas en Inde de temple du Brahman, comme il y a des temples de Vishnou ou de Shiva51.

Icône de détail Article détaillé : vache sacrée.

On peut constater que dans la plupart de villes saintes hindoues, il existe une interdiction de tous les aliments non-végétariens et de tous les alcools, et une interdiction légale existe même sur l'abattage de vaches dans presque tous les États de l'Inde. Le cuir d'une vache morte de cause naturelle est cependant acceptable.

La plupart des hindous voit la vache comme le meilleur représentant de la bienveillance de tous les animaux — puisqu’elle est l'animal le plus apprécié pour son lait, elle est révérée comme une mère. La vache est le symbole du pouvoir du brâhmane et de l'Ahimsâ52.

modifier Le cycle de la vie

L'hindou croit en une vie après la mort, et avant la naissance, le corps n'étant qu'une enveloppe matérielle temporaire53. Le sage Yâjnâvalkya (630-583 av. J.-C.) enseignait qu'à sa mort, chaque homme subissait une dissolution ; le corps retournait à la terre, le sang à l'eau, le souffle au vent, la vue au soleil et l'intellect à la lune, mais les « actions non rémunérées » (celles qu'on a produite sans en récolter les conséquences) se réunissaient pour s'incarner de nouveau en un être. De cette façon, la notion, présente dans les Oupanishads, de la migration des âmes (ou jiva, c'est l'atman - qui lui est purement immatériel - dans ou avec le corps organique) et de leur renaissance, se joignait à celle du karma (littéralement, l'« action »)2.

Le karma était à l'origine le seul acte rituel2,50; mais par la suite, considéré comme moteur du samsâra, il est identifié à toute action déterminant de façon automatique non seulement la renaissance après la mort, mais aussi les formes de cette future existence et la situation que l'individu connaîtra dans sa nouvelle vie2.

En d'autres termes, l'homme devient ce qu'il accomplit2 : les bonnes actions d'une existence antérieure améliorent les conditions de vie de l'existence à venir, tandis que de mauvaises actions les aggravent2.

Aussi chaque individu détermine-t-il par la loi de maturation des actes son propre destin dans la vie à venir, le « théâtre » de son fruit renouvelé (il n'est pas question de récompense ou de punition, puisqu'il n'y a personne pour récompenser ou punir)2.

Par ailleurs, dans cette succession d'existences terrestres, l'âtman demeure l'essence invariable propre à l'individu, malgré la totale mutation de l'être, représentant ainsi la continuité du moi dans la migration des âmes, « par quoi nous sommes identiques les uns aux autres et identiques aux puissances de l'univers »2.

Pour briser ce cycle perpétuel, l'hindou doit vivre de manière à ce que son karman ne soit ni négatif, ni positif. Le yoga lui enseigne le moyen de parvenir à ce résultat, l'hindou ayant le loisir de choisir la méthode qui lui convient le mieux en fonction des écoles de philosophie indienne afin d'atteindre la libération ou moksha de son âme. Il peut choisir entre une variété de chemins tels que la dévotion ou bhakti, l'action ou karma, ou par la connaissance (jñâna) et la méditation (Raja). Aujourd'hui, la majorité des hindous, vivant dans une époque matérialiste ou kaliyuga, choisit la voie du bhakti-yoga ou de la dévotion adaptée à son temps.

modifier Les rituels

La Puja, le rituel d'offrande qui rythme la vie des hindous et dont les chants résonnent partout et à toute heure du jour et de la nuit
Icône de détail Article détaillé : Rituels (hindouisme).

Les comportements rituels sont intégrés dans la vie quotidienne des hindous, de l'aube au coucher du soleil ; jamais les sphères du sacré et du profane ne sont vraiment séparées 54 : c'est l'individu, ou la famille, et non la communauté, qui est porteur de l'activité religieuse54.

L'observance la plus connue des brâhmanes est celle des trois hommages qu'ils rendent aux trois articulations (samdhyâ) de la journée54. Ils s'ouvrent avec des rites de purification au moyen de cendre, d'eau, ou des produits de la vache, se poursuivent par des récitations de mantras (formules qui deviennent instruments de la pensée et de la méditation) et les invocations au Soleil (Sourya)54. Autres devoirs quotidiens : l'oblation au feu ainsi que, comme en témoigne le Mahâbhârata, le culte aux mânes (âme des morts, ancêtres), issu du védisme54.


modifier Les Temples

Schéma d'un temple de