Hannibal Barca.html

 
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Hannibal Barca
Buste d’Hannibal
Buste d’Hannibal
Naissance 247 av. J.-C.
Carthage
Décès 183 av. J.-C. (à 63 ans)
Bithynie
Nationalité Carthage
Occupation général et homme politique
Formation commandant en chef
Famille Hamilcar Barca, père
Magon Barca, frère
Hasdrubal Barca, frère

Hannibal Barca (en phénicien Hanni-baal signifie « qui a la faveur de Baal1 » et Barca, « foudre2 »), généralement appelé Annibal ou Hannibal, né en 247 av. J.-C. à Carthage (au nord-est de l'actuelle Tunis) et mort par suicide en 183 av. J.-C.3,4,5,6 en Bithynie (près de l’actuelle Bursa en Turquie), est un général et homme politique carthaginois généralement considéré comme l’un des plus grands tacticiens militaires de l’histoire.

Il grandit durant une période de tension dans le bassin méditerranéen alors que Rome commence à imposer sa puissance en Méditerranée occidentale : après la prise de la Sicile et de la Sardaigne, conséquence de la Première Guerre punique, les Romains envoient des troupes en Illyrie et poursuivent la colonisation de l’Italie du Nord. Élevé, selon la tradition historiographique latine, dans la haine de Rome, il est à l’origine de la Deuxième Guerre punique que les Anciens appelaient d’ailleurs « guerre d’Hannibal ». À la fin de l’année 219, il quitte l’Espagne avec son armée et traverse les Pyrénées puis les Alpes pour gagner le nord de l’Italie. Pourtant, il ne parvient pas à prendre Rome. Selon certains historiens, Hannibal ne possède alors pas le matériel nécessaire à l’attaque et au siège de la ville7. Pour J. F. Lazenby, ce ne serait pas le manque d’équipements mais celui de ravitaillement et son propre agenda politique qui empêchent Hannibal d’attaquer la cité8. Néanmoins, il réussit à maintenir une armée en Italie durant plus d’une décennie sans toutefois parvenir à imposer ses conditions aux Romains. Une contre-attaque de ces derniers le force à retourner à Carthage où il est finalement défait à la bataille de Zama (ayant lieu entre Constantine et Tunis en Numidie).

L’historien militaire Theodore Ayrault Dodge lui donne le surnom de « père de la stratégie9 » du fait que son plus grand ennemi, Rome, adopte par la suite des éléments de sa tactique militaire dans son propre arsenal stratégique. Cet héritage lui confère une réputation forte dans le monde contemporain et il est considéré comme un grand stratège par des militaires tels que Napoléon Ier et le duc de Wellington. Sa vie sert plus tard de trame à de nombreux films et documentaires. Bernard Werber lui rend ainsi hommage au travers du personnage du « Libérateur10 » et d’un article de L’Encyclopédie du savoir relatif et absolu mentionné dans son ouvrage Le Souffle des dieux11.

Sommaire

modifier Contexte historique

Icône de détail Article détaillé : Première Guerre punique.

Au milieu du IIIe siècle av. J.-C., la ville de Carthage, où naît Hannibal3, est fortement imprégnée de la culture helléniste issue des vestiges de l’empire d’Alexandre le Grand12. Carthage occupe alors une place prépondérante dans les échanges commerciaux du bassin méditerranéen et possède notamment des comptoirs en Sicile, en Sardaigne, sur les côtes de l’Hispanie et en Afrique du Nord. Elle dispose également d’une importante flotte de guerre qui assure la sécurité des routes maritimes empruntées par ses marchands : vers Alexandrie au sud de la Méditerranée et vers l’ouest et l’Espagne où se trouvent les mines d’argent qui lui permettent de payer le tribut dû à Rome après la Première Guerre punique.

L’autre puissance méditerranéenne de l’époque est Rome, avec laquelle Carthage entre en conflit pendant une vingtaine d’années lors de la Première Guerre punique (« punique »13 est un adjectif dérivé de « phénicien »14 utilisé pour désigner les Carthaginois15), première guerre d’envergure dont Rome sort victorieuse. Cet affrontement entre la République romaine et Carthage est provoqué par un conflit secondaire à Syracuse. Il est marqué par trois phases sur des terrains d’opérations terrestres et maritimes : en Sicile (264-256), en Afrique (256-250) et à nouveau en Sicile (250-241). C’est lors de cette dernière phase, puis surtout après la guerre, que Hamilcar Barca, père d’Hannibal, qui dirige la guerre contre Rome depuis 247, se fait connaître. Après une défaite navale aux îles Égades au nord-ouest de la Sicile, il doit, au printemps 241, signer un traité avec le consul romain Caius Lutatius Catulus16. Cet accord impose à Carthage de quitter la Sicile12 mais lui permet de conserver sa flotte.

Au lendemain de la Première Guerre punique, malgré les précautions prises par Hamilcar Barca, Carthage se trouve en difficulté pour disperser ses troupes de mercenaires qui ne tardent pas à assiéger la ville16. Cet épisode est connu comme la Guerre des Mercenaires. Hamilcar parvient à réprimer cette révolte dans le sang au défilé de la Scie17 en 237. Rome, n’ayant plus d’opposition, s’empare de la Sardaigne qui appartient aux Carthaginois18. Pour compenser cette perte, Hamilcar passe en Hispanie où il s’empare d’un vaste territoire au sud-est du pays. Pendant une dizaine d’années, Hamilcar mène la conquête du sud de l’Hispanie assisté de son gendre Hasdrubal16. Cette conquête rétablit la situation financière de Carthage grâce à l’exploitation des mines d’argent et d’étain.

modifier Ascension

modifier Jeunesse

Caricature du serment que fait Hannibal à son père consistant à jurer de rester à jamais un ennemi de Rome.

Hannibal Barca est le fils aîné du général Hamilcar Barca18,19. « Barca » n'est pas un nom de famille mais il est néanmoins porté par son fils20. Les historiens désignent la famille de Hamilcar sous le nom de Barcides afin d’éviter la confusion avec d’autres familles carthaginoises où les mêmes prénoms (Hannibal, Hasdrubal, Hamilcar, Magon, etc.) sont fréquemment portés.

Il n’existe que peu de sources à propos de l’éducation d’Hannibal. On sait toutefois qu’il apprend d’un précepteur spartiate, nommé Sosylos, les lettres grecques3, l’histoire d’Alexandre le Grand et l’art de la guerre. Il acquiert ainsi ce mode de raisonnement et d’action que les Grecs nomment « métis » et qui se fonde sur l’intelligence et la ruse.

Après avoir agrandi son territoire, Hamilcar enrichit sa famille et, par la même occasion, Carthage elle-même16. Poursuivant ce but, Hamilcar, s’appuyant sur la cité de Gadès (Hispanie) près du détroit de Gibraltar, commence à assujettir les tribus ibères. Carthage, à ce moment, est dans un tel état d’appauvrissement que sa marine est incapable de transporter son armée en Hispanie. Hamilcar est donc obligé de la faire marcher vers les colonnes d’Hercule puis de la faire traverser en bac le détroit de Gibraltar, entre le Maroc et l’Espagne. L’historien romain Tite-Live déclare que quand Hannibal va voir son père et le prie de l’autoriser à l’accompagner, celui-ci accepte18,19 sous réserve qu’Hannibal jure, qu’aussi longtemps qu’il vivrait, il ne serait jamais un ami de Rome3,18,21. D’autres historiens rapportent qu’Hannibal déclare à son père :

« Je jure que dès que l’âge me le permettra [...] j’emploierai le feu et le fer pour briser le destin de Rome9,22. »

Son apprentissage de la pratique de l’action militaire intervient rapidement sur le terrain sous l’égide de son père puis de son beau-frère Hasdrubal le Beau23 qui succède à Hamilcar tué sur le champ de bataille contre des rebelles espagnols19 en 22912 ou en 23024 et le nomme à la tête de la cavalerie3,25. Dans ce domaine, Hannibal dévoile très tôt son endurance et son sang-froid26, sachant également se faire apprécier et admirer de ses soldats27. Hasdrubal poursuit quant à lui une politique de consolidation des intérêts ibériques de Carthage12. Ainsi, il marie Hannibal à une princesse ibère28 prénommée Imilce, avec qui il aurait eu un fils29. Cependant, cette alliance reste considérée comme probable et n’est pas attestée de tous29. Par ailleurs, Hadrusbal signe en 226 un traité avec Rome partageant la péninsule ibérique en deux zones d’influence24. L’Èbre en constitue la frontière24, Carthage ne devant pas s’étendre au-delà de ce fleuve dans la mesure où Rome ne s’étendrait pas non plus au sud du cours d’eau25. En 221, Hasdrubal fonde la nouvelle capitale, Carthagène12 située en Murcie (sud de l’Espagne). Mais, un peu plus tard, un esclave gaulois, accusant Hadrusbal d’avoir assassiné son maître25,30, l’assassine à son tour en 22128.

modifier Commandant en chef

Hannibal est alors choisi par l’armée carthaginoise pour succéder à Hadrusbal en tant que commandant en chef24. Il est ensuite confirmé dans cette fonction par le gouvernement26,31 malgré l’opposition de Hannon (riche aristocrate carthaginois)32. Il a alors à peine 25 ans3. Tite-Live donne à cette époque cette description du jeune général carthaginois :

« Hannibal, dès son entrée en Espagne, attira sur lui tous les yeux. « C’est Hamilcar dans sa jeunesse qui nous est rendu », s’écriaient les vieux soldats. « Même énergie dans le visage, même feu dans le regard : voilà son air, voilà ses traits »27. »

Après avoir assumé le commandement, Hannibal passe deux ans à consolider les possessions hispaniques et à terminer la conquête des territoires au sud de l’Èbre33,34. Cependant, Rome, redoutant la puissance grandissante d’Hannibal en Hispanie, conclut une alliance avec la ville de Sagonte24, pourtant située à une distance considérable au sud de l’Èbre dans la zone reconnue à l’influence carthaginoise12, et déclare la cité sous son protectorat35. L’argumentaire romain s’appuie sur le traité de 241 qui interdit à Carthage de s’attaquer à un allié de Rome tandis qu’Hannibal met en avant le traité signé par Hasdrubal qui lui reconnaît la souveraineté carthaginoise au sud de l’Èbre. Hannibal encercle Sagonte19 et mène le siège de la ville35 qui tombe en 219, probablement au mois de novembre24, après huit mois31,36,37. Rome réagit à ce qu’elle considère comme une violation du traité et réclame justice auprès du gouvernement carthaginois23. En raison de la grande popularité d’Hannibal et du risque de perte du prestige carthaginois en Hispanie, le gouvernement oligarchique de Carthage ne renie pas ces actions et la guerre à laquelle le général avait pensé, la Deuxième Guerre punique, est déclarée à la fin de l’année26,38.

modifier Deuxième Guerre punique

Icône de détail Article détaillé : Deuxième Guerre punique.

modifier Préparatifs

Après que les Carthaginois aient encerclé19 et détruit21 Sagonte, les Romains décident de contre-attaquer sur deux fronts en Afrique du Nord et en Hispanie, à partir de la Sicile qui doit leur servir de base opérationnelle. Cependant, Hannibal met en place une stratégie pour le moins inattendue : il veut porter la guerre au cœur de l’Italie par une marche rapide à travers l’Hispanie et le sud de la Gaule19. Sachant que sa flotte est largement inférieure à celle des Romains, il ne les attaque pas par la mer : il choisit un trajet terrestre beaucoup plus long mais plus intéressant car il lui permet de recruter en chemin bon nombre de mercenaires ou de s’allier aux peuples celtes désireux d’en découdre avec les Romains19. Avant son départ, il joue habilement avec ses effectifs et envoie en Afrique du Nord des contingents d’Ibères tandis que des Libyens viennent assurer la sécurité des possessions de Carthage en Hispanie39.

Jusqu’à la fin du printemps 218, période à laquelle il quitte Carthagène40,41, Hannibal met sur pied une grande armée et envoie des représentants négocier son passage à travers les Pyrénées et nouer des alliances le long de son trajet. Selon Tite-Live, Hannibal traverse l’Èbre avec 90 000 fantassins et 12 000 cavaliers40. Il laisse un détachement de 10 000 fantassins et 1 000 cavaliers pour défendre l’Hispanie40 ainsi que 11 000 Ibères qui se montrent réticents à quitter leur territoire40. Il disposerait donc de 70 000 fantassins et 10 000 cavaliers après le passage des Pyrénées. Selon d’autres sources, il parvient en Gaule à la tête de quelques 40 000 fantassins et 12 000 cavaliers42. Il est toutefois difficile d’évaluer ses effectifs réels. Certaines estimations vont jusqu’à 80 000 hommes. À son arrivée en Italie, il semble diriger, selon les sources, entre 20 00043 et 50 00028 fantassins et entre 6 00043 et 9 000 cavaliers28. D’autre part, à plusieurs reprises, Carthage envoie des renforts à Hannibal, du moins, au début de la guerre. De plus, plusieurs peuplades se rallient, même provisoirement, à Hannibal. Ainsi, 40 000 Gaulois s'ajoutent à l'armée carthaginoise44.

Par ailleurs, Hannibal possède quelques éléphants de guerre dont le rôle est important dans les armées de l’époque et que les Romains connaissent déjà pour en avoir rencontré en se battant contre les troupes de Pyrrhus Ier. En réalité la plupart des 37 éléphants d’Hannibal45, ce qui est un chiffre assez faible si on le compare à celui d’autres armées de l’époque hellénistique, meurent dans la traversée des Alpes ou dans l’humidité des marais étrusques. Le seul survivant est utilisé comme monture par Hannibal46,47. En effet, Hannibal aurait perdu son œil droit3 lors d’une bataille mineure28 et utiliserait ce moyen de transport pour ne pas entrer au contact de l’eau46,47. Selon d’autres historiens, Hannibal souffrirait en fait d’une ophtalmie28 qui le rend borgne26.

modifier Voyage vers l’Italie

Hannibal pénètre en Gaule en évitant soigneusement de s’attaquer aux villes grecques de Catalogne. On pense que, après avoir franchi les Pyrénées au col du Perthus et établi son campement près de la ville d’Illibéris48 — actuelle Elne à proximité de Perpignan —, il se dirige sans encombre jusqu’au Rhône, où il arrive en septembre avant que les Romains ne puissent empêcher son passage, à la tête de quelque 38 000 fantassins, 8 000 cavaliers et 37 éléphants de guerre49.

Après avoir évité les populations locales, qui tentent d’arrêter sa progression, Hannibal échappe à une troupe romaine venant de la côte méditerranéenne en remontant la vallée du Rhône50. Les Romains venant de conquérir la Gaule cisalpine, Hannibal espère, s’il parvient à traverser les Alpes, trouver un renfort chez les Gaulois du nord de l'Italie19,51.

modifier Traversée des Alpes

modifier Hypothèses du tracé

Hannibal et ses hommes traversant les Alpes.

L’itinéraire emprunté par Hannibal reste toujours sujet à polémiques26. En octobre 21824, les Alpes peuvent être franchies par le col du Petit-Saint-Bernard21, par celui du Mont-Cenis ou encore par celui de Montgenèvre26,31. Certains auteurs indiquent qu’il emprunte le col du Clapier52 ou, plus au sud, le col de Larche. Les détails fournis par Polybe53 et Tite-Live54 sont très imprécis. Par ailleurs, aucune trace archéologique n’apporte de preuves irréfutables d’un quelconque itinéraire. Toutes les hypothèses avancées, souvent par des spécialistes mais aussi par des auteurs plus imaginatifs, le sont sur l’interprétation des textes de Tite-Live et de Polybe (près d’un millier d’ouvrages ont déjà été écrits sur le sujet55).

L’une des caractéristiques majeures du col par lequel Hannibal aurait franchi les Alpes est la vue que l’on a du col sur la plaine du Pô. Hannibal y aurait en effet montré la plaine du Pô à ses soldats affamés et découragés56. Dans les Alpes septentrionales, du Montgenèvre au Grand-Saint-Bernard, seul le col de Savine-Coche et le col de Larche permettent cette vue57. Reste que les partisans du Petit-Saint-Bernard contestent le sens de la phrase de Polybe, qui écrit :

« Les soldats, consternés par le souvenir des maux qu’ils avaient soufferts, et ne se figurant qu’avec effroi ceux qu’ils avaient encore à endurer, semblaient perdre courage. Hannibal les assemble, et comme du haut des Alpes, qui semblent être la citadelle de l’Italie, on voit à découvert toutes ces vastes plaines que le Pô arrose de ses eaux, il se servit de ce beau spectacle, unique ressource qui lui restait, pour remettre ses soldats de leur frayeur. En même temps, il leur montra du doigt le point où Rome était située et leur rappela qu’ils avaient pour eux la bonne volonté des peuples qui habitaient le pays qu’ils avaient sous les yeux53. »

Cette scène est représentée dans de nombreux tableaux et dessins dont l’un de Francisco de Goya58. Les partisans du Petit-Saint-Bernard affirment que les brouillards qui s’élèvent souvent de la plaine du Pô empêchent de voir celle-ci. Pourtant, cette plaine a été vue et photographiée de nombreuses fois. Un exemple figure sur le site de Patrick Hunt, professeur d’archéologie à Stanford, consacré à ses recherches du col par lequel Hannibal serait passé en Italie. Ce dernier considère lui aussi le col du Clapier comme le seul col qui réponde parfaitement aux textes antiques. Polybe donne également une autre caractéristique majeure :

Hannibal crossing the Alps, par John Leech, 1850.

« Hannibal, arrivé dans l’Italie avec l’armée que nous avons vue plus haut, campa au pied des Alpes, pour donner quelque repos à ses troupes [...] il tâcha d’abord d’engager les peuples du territoire de Turin, peuples situés au pied des Alpes59. »

Dans les Alpes septentrionales, un seul col satisferait à ces deux conditions (vue sur la plaine du Pô et peuplement des Taurins) : le col du Clapier. Ainsi, depuis le colonel Perrin en 1883, de nombreux auteurs se rallient à cette thèse60. La seule exception notable est la thèse de Sir Gavin de Beer (publiée en 1955) qui propose le col de la Traversette dans les Alpes méridionales, près du mont Viso. Son tracé ne traverse pas le pays des Allobroges et son hypothèse est violemment contestée, y compris en Angleterre.

Enfin, l’usage habituel des historiens antiques étant d’imaginer des discours vraisemblables placés dans la bouche des personnages historiques, il n’y a guère de raisons de croire à l’authenticité absolue de cette scène, et au geste d’orateur qui l’accompagne. Dès lors qu’il est possible que la scène relatée soit une aimable image d’Épinal, la comparaison des divers chemins envisageables ne peut emporter de décision définitive.

Selon les sources, Hannibal perd lors de cette traversée, entre 3 00061 et 20 000 hommes19. Les quelques survivants arrivant en Italie sont affamés et ont souffert du froid19.

modifier Choix décisif

Quel que soit le passage choisi, la traversée des Alpes est l’un des choix tactiques les plus marquants de l’Antiquité. Hannibal parvient à traverser les montagnes malgré les obstacles que sont le climat, le terrain, les attaques des populations locales et la difficulté de diriger des soldats d’origines ethnique et linguistique diverses.

Après avoir passé les Alpes et être parvenu dans la région de Turin avec des troupes très réduites, Hannibal bat coup sur coup les premières troupes romaines qui lui sont opposées au Tessin et à la Trébie23 — actuelle Trebbia, rivière du nord de l’Italie. La bataille du Tessin, qui est plus qu’une simple escarmouche entre la cavalerie romaine du consul Publius Cornelius Scipio24 et la cavalerie carthaginoise, démontre d’entrée les qualités militaires d’Hannibal. Il utilise au mieux sa cavalerie numide, profitant du moindre avantage topographique et réussissant une manœuvre d’encerclement. La bataille de la Trébie, en décembre 218, amène les Gaulois à se rallier à Hannibal contre leurs récents vainqueurs romains31.

modifier Bataille de la Trébie

Icône de détail Articles détaillés : Bataille du Tessin et Bataille de la Trébie.
Stratégies durant la bataille de la Trébie

La difficile marche d’Hannibal le conduit en territoire romain et contrecarre les tentatives de ses ennemis de résoudre le conflit en territoire étranger62. Son apparition soudaine après la traversée de la Gaule et de la vallée du lui permet de rompre l’allégeance récente des tribus locales à Rome avant que cette dernière ne puisse réagir contre la rébellion26.

Publius Cornelius Scipio, consul dirigeant les forces romaines destinées à intercepter Hannibal62, ne s’attend pas à ce qu’Hannibal tente de traverser les Alpes, les Romains s’étant préparés à l’affronter dans la péninsule ibérique. Disposant d’un faible détachement positionné en Gaule, Scipio tente d’intercepter Hannibal. De promptes décisions et des mouvements rapides lui permettent, en transportant son armée par la mer, d’arriver à temps pour rattraper Hannibal63.

Les forces d’Hannibal traversent quant à elles la vallée du Pô et se trouvent engagées dans une confrontation secondaire : la bataille du Tessin64. À ce moment, Hannibal oblige les Romains à évacuer la plaine de Lombardie du fait de la supériorité de sa cavalerie9,64. Bien que cela constitue une victoire mineure, elle incite les Gaulois et les Ligures à se joindre aux Carthaginois65, ce qui augmente la taille de l’armée de 40 000 hommes dont 14 000 Gaulois28. Publius Cornelius Scipio se trouve gravement blessé et se retire au-delà de la rivière Trébie pour établir un camp à Plaisance, en Émilie-Romagne, sauvegardant ainsi son armée66. L’autre armée consulaire est envoyée en urgence dans la vallée du Pô. Avant que la nouvelle de la défaite du Tessin n’atteigne Rome, le Sénat romain ordonne au consul Tiberius Sempronius Longus de ramener son armée de Sicile pour se joindre à Scipio et affronter Hannibal67.

Ce dernier, par d’habiles manœuvres, est en position de le contrer vu qu’il contrôle la route reliant Plaisance à Arminum que Sempronius doit emprunter pour renforcer Scipio. Il prend ensuite Clastidium — actuelle Casteggio en Lombardie — où il trouve de grandes quantités d’approvisionnements pour ses hommes. Mais ce succès n’est pas complet car Sempronius, profitant du manque de vigilance d’Hannibal, se glisse sur son flanc et rejoint le camp de Scipio à côté de la rivière Trébie près de Plaisance68. En décembre 218, Hannibal a l’occasion de démontrer une nouvelle fois ses capacités militaires supérieures durant la bataille de la Trébie28. Après avoir épuisé la résistance de l’infanterie romaine, il la taille en pièces par une attaque surprise qui débute par une embuscade sur les flancs26,69.

modifier Bataille du lac Trasimène

Icône de détail Article détaillé : Bataille du lac Trasimène.

Après les victoires du Tessin et de la Trébie, les Carthaginois se reposent à Bologne puis continuent leur descente vers Rome. Ayant sécurisé sa position dans le nord de l’Italie par sa victoire, Hannibal prend ses quartiers d’hiver avec les Gaulois dont le soutien diminue70. Au printemps 217, il décide d’établir une base d’opérations plus fiable plus au sud. Pensant qu’Hannibal souhaite avancer vers Rome, Caius Servilius Geminus et Caius Flaminius Nepos, les nouveaux consuls, mobilisent leurs armées afin de bloquer les routes de l’est et de l’ouest qu’Hannibal est susceptible d’emprunter pour aller à Rome. La seule autre route vers l’Italie centrale se trouve à l’embouchure de l’Arno. Cet itinéraire passe par un grand marais qui est submergé plus que d’habitude à cette période de l’année. Hannibal sait cette route particulièrement difficile mais elle est aussi la plus sûre et certainement la plus rapide du centre de l’Italie. Comme l’historien Polybe l’indique, les hommes d’Hannibal marchent quatre jours et trois nuits sur « une route qui était sous les eaux » et souffrant terriblement de la fatigue encore renforcée par le manque de sommeil46,47.

Le général traverse les Apennins et l’Arno prétendument infranchissable sans opposition. Mais, dans les plaines marécageuses, il perd une grande partie de ses forces y compris, semble-t-il, ses derniers éléphants. En arrivant en Étrurie (actuelle Toscane), Hannibal décide d’attirer la principale armée romaine, commandée par Flaminius, dans une bataille rangée en dévastant sous ses propres yeux le territoire qu’elle est censé protéger. Comme Polybe le rapporte :

Embuscade d’Hannibal en 217 sur les rives du lac Trasimène

« Il [Hannibal] calcula que s’il contournait le camp et faisait irruption dans le territoire au-delà, Flaminius (en partie par crainte de reproches populaires et en partie à cause de sa propre irritation) serait incapable de supporter passivement la dévastation du pays, mais au contraire le suivrait spontanément... lui offrant ainsi des occasions de l'attaquer71. »

Dans le même temps, Hannibal tente de rompre l’allégeance des alliées de Rome en leur montrant que Flaminius est incapable de les protéger. Malgré tout cela, Flaminius reste passivement retranché à Arretium. Incapable d’entraîner Flaminius dans la bataille par le seul fait de la dévastation, Hannibal décide de marcher en force contre le flanc gauche de son adversaire, ce qui a pour effet de couper ce dernier de Rome. Cette manœuvre est reconnue comme étant le premier mouvement tournant de l’Histoire.

Progressant ensuite au travers des hautes terres d’Étrurie, Hannibal engage la poursuite de Flaminius et, le 21 juin, le surprenant dans un défilé sur la rive du lac Trasimène, détruit son armée dans les eaux ou sur les pentes voisines (les Romains laissent environ 15 000 hommes sur le terrain24) et tue Flaminius lui-même. Il a désormais éliminé la seule force terrestre qui aurait pu mettre en échec son avancée sur Rome mais, réalisant que sans machines de siège il ne peut espérer prendre la capitale, il préfère exploiter sa victoire en se déplaçant au centre et au sud de l’Italie et en encourageant une révolte générale contre le pouvoir central. Après Trasimène, Hannibal déclare :

« Je ne suis pas venu me battre contre les Italiens mais au nom des Italiens contre Rome72. »

Les Romains nomment alors Fabius Cunctator comme dictateur28. Se départissant des traditions militaires romaines, Fabius adopte une nouvelle stratégie — qui porte plus tard le nom de « stratégie de Fabius » — refusant la bataille frontale avec son adversaire tout en positionnant plusieurs armées romaines dans le voisinage d’Hannibal afin de limiter ses mouvements.

Après avoir ravagé les Pouilles sans arriver à provoquer Fabius, Hannibal décide de traverser le Samnium et la Campanie, l’une des plus riches et plus fertiles provinces d’Italie, en espérant que la dévastation décide Fabius à se battre. Ce dernier suit de près la route d’Hannibal tout en refusant toujours de se laisser entraîner au combat, restant ainsi sur la défensive. Cette stratégie est très impopulaire chez beaucoup de Romains qui la considèrent comme de la lâcheté. Hannibal décide qu’il n’est pas sage de passer l’hiver dans les basses terres dévastées de Campanie mais Fabius tente de le bloquer en s’assurant de toutes les passes pour sortir de Campanie. Pour contrer cette tactique, Hannibal leurre les Romains en leur faisant croire que l’armée carthaginoise veut s’échapper par les bois. Tandis que les Romains font mouvement vers la forêt, l’armée d’Hannibal trouve une passe libre et la traverse sans opposition. Fabius est encore à distance pour frapper, mais cette fois sa prudence joue contre lui. Pressentant, à juste titre, un stratagème, il reste sur place. Pendant l’hiver, Hannibal prend des quartiers confortables dans la plaine des Pouilles. En exfiltrant son armée Hannibal réussit, comme le qualifie Adrian Goldsworthy, « un classique de la tactique militaire antique trouvant sa place dans presque tous les récits historiques de la guerre et qui a été utilisé dans les manuels militaires ultérieurs73 ». Cela porte un coup sévère au prestige de Fabius, et peu après, les Romains le forcent à partager son commandement avec son maître de cavalerie Marcus Minucius Rufus.

modifier Cannes et ses conséquences

Icône de détail Article détaillé : Bataille de Cannes.
Anéantissement de l'armée romaine à Cannes en 215 (Académie militaire de West Point)

Hannibal, qui n’a pas l’intention d’attaquer Rome dans un premier temps, vise l’Apulie, et notamment la ville de Capoue74. Au printemps 216, il prend l’initiative en attaquant un dépôt important de ravitaillement à Cannes. Par cette action, le général se place entre les Romains et leur source cruciale de vivres75. Les citoyens romains élisent Caius Terentius Varro et Lucius Aemilius Paullus nouveaux consuls44. Espérant la victoire, ces derniers lèvent une nouvelle armée — Rome n’a alors jamais formé une armée aussi nombreuse19 — estimée à près de 100 000 hommes76. Ces derniers renoncent par là-même à la tactique efficace, mais lente, d’évitement et optent pour un choc frontal19. La rencontre, considérée comme un chef-d’œuvre de tactique d’Hannibal, a finalement lieu le 2 août 21628 sur la rive gauche de la rivière Ofanto (sud de l’Italie) près de laquelle les Romains installent leur campement. Les armées des deux consuls sont réunies, ces derniers alternant quotidiennement le commandement des troupes. Varro, choisi comme chef pour la première journée, est déterminé à vaincre Hannibal76. À la tête de 50 000 hommes28, le Carthaginois capitalise sur la colère de Varro et l’attire dans un piège en usant d’une tactique d’encerclement. Il élimine ainsi l’avantage numérique des Romains en réduisant la surface de combat. Hannibal place son infanterie la plus faible en demi-cercle et la renforce par des cavaliers gaulois et numides sur ses flancs76. Les légions romaines qui s’étalent sur un kilomètre et demi s’engouffrent dans la partie centrale mais les flancs carthaginois suivent le mouvement et enferment les légionnaires19. L’efficacité de la cavalerie d’Hannibal est irrésistible et Hasdrubal (à ne pas confondre avec Hasdrubal Barca qui commande le flanc gauche), après avoir contourné les troupes romaines par l’arrière, attaque la cavalerie de Varro76. L’armée romaine n’a plus aucun moyen de s’échapper.

Hannibal comptant les anneaux des chevaliers romains tombés à la bataille de Cannes en 216. Marbre de 1704 par Sébastien Slodtz actuellement exposée au musée du Louvre.

À la fin de la bataille, Hannibal récupère les anneaux des chevaliers romains tombés au combat, ce qui lui permet de donner la preuve irréfutable au gouvernement carthaginois de sa victoire sur les Romains19.

Grâce à sa brillante tactique, Hannibal, bien que disposant de moins d’hommes, parvient à anéantir pratiquement la totalité des forces rivales. La bataille de Cannes est la plus désastreuse défaite des Romains19. Les pertes de ces derniers sont évaluées entre 25 00044 et 70 000 morts9. Parmi les morts figurent le consul Lucius Aemilius Paullus24 ainsi que deux anciens consuls, deux questeurs, 29 des 48 tribuns militaires et 80 sénateurs (25 % à 30 % du total de ses membres). De plus, 10 000 Romains sont capturés par Hannibal44. Cette bataille est l’une des plus sanglantes de l’Histoire en termes de pertes durant une seule journée76. Quant aux Carthaginois, ils perdent 6 000 hommes23.

Cette victoire s’explique par la tactique utilisée lors du combat mais aussi par l’habileté politique d’Hannibal qui utilise les erreurs de ses adversaires. Il pousse ainsi plusieurs fois les consuls, pressés de remporter une victoire avant la fin de leur mandat, à la faute comme au lac Trasimène. Cela suppose une connaissance fine des institutions romaines et des acteurs politiques. Les espions puniques, souvent de simples commerçants, jouent également un grand rôle dans cette guerre.

Après Cannes, les Romains ne sont plus aussi enthousiastes pour affronter Hannibal directement et préfèrent le vaincre par le harcèlement en se basant sur leurs avantages numérique et en matière de ravitaillement. C’est pourquoi, Hannibal et Rome ne s’affrontent plus sur le territoire italien jusqu’à la fin de la guerre77. Néanmoins, refusant à tout prix de s’incliner, Rome lève même de nouvelles troupes.

L’effet de cette victoire carthaginoise pousse de nombreuses parties de l’Italie à se rallier à la cause d’Hannibal78. Comme le note Tite-Live, « le désastre de Cannes fut plus grave que les précédents, on en a déjà un indice dans ce fait que la fidélité des alliés, qui jusqu’à ce jour était restée ferme, commença à chanceler, sans aucune raison, assurément, sinon qu’ils désespéraient de l’empire79 ». Durant la même année, les cités grecques de Sicile se révoltent contre le contrôle politique des Romains alors que le roi Philippe V de Macédoine apporte son appui à Hannibal74, lançant par la même la Première guerre macédonienne contre Rome. Hannibal noue aussi une alliance avec le nouveau roi Hiéronyme de Syracuse. On affirme souvent que si Hannibal avait reçu le matériel nécessaire de la part de Carthage, il aurait pu conduire une attaque directe contre Rome. Pour le moment, il se contente de harceler les forteresses qui lui résistent encore et le seul événement marquant de l’année est la défection de certains territoires italiens importants tels que Capoue, la seconde ville d’Italie, dont Hannibal fait sa nouvelle base. Néanmoins, seul un petit nombre des cités italiennes qu’Hannibal espère rallier consentent à le rejoindre.

En réalité, ce que souhaite Hannibal, outre reprendre la Sicile, est moins la destruction de Rome en tant que ville qu’en tant qu’entité politique80, d’où son refus de tenter de prendre la ville après la bataille de Cannes et la fameuse phrase attribuée à son chef de cavalerie Maharbal :

« Tu sais vaincre, Hannibal ; tu ne sais pas profiter de la victoire81. »

En fait, Hannibal utilise ses victoires pour essayer de faire basculer dans son camp les cités soumises à Rome26. Les prisonniers, par exemple, sont divisés en deux groupes. Les citoyens romains — qui sont réduits à l’esclavage ou proposés au rachat — et les citoyens latins ou alliés qui sont renvoyés chez eux.

modifier « Délices de Capoue »

Peu après la bataille de Trasimène en 217, Hannibal fait libérer trois chevaliers de Capoue qui, quelque temps après, lui proposent de prendre possession de la ville. Hannibal attend plus d’un an afin d’avoir l’appui des notables de la ville23, ce qui se réalise après la bataille de Cannes. La ville (aujourd’hui connue sous le nom de Santa Maria Capua Vetere) aurait « offert aux soldats carthaginois de nombreux plaisirs amollissant leurs forces ». C’est en tout cas le sens de l'expression fameuse « délices de Capoue82 », une expression dont on ne sait trop si elle correspond à la réalité. En fait, si Hannibal temporise à Capoue, c’est qu’il espère une désagrégation totale de la confédération italienne ainsi que de nouvelles alliances qui lui permettraient enfin d’obtenir la domination sur mer. De fait, les peuples et les cités d’Italie centrale et méridionale sont nombreux à s’allier au Carthaginois. En 216, le Bruttium (actuelle Calabre) bascule tout comme Lokroi Epizephyrioi (actuelle Locri) et Crotone en 215. En 212, c’est aussi le cas de Métaponte dans le golfe de Tarente, Thourioi, près de Sybaris, et Tarente, dans les Pouilles26. Ces cités s’ajoutent aux Gaulois de Cisalpine et à Capoue. Pourtant, Rome tient bon et Latins, Étrusques et Ombriens lui demeurent fidèles.

Parallèlement, Hannibal pose des jalons en Sicile qui constitue son objectif premier. Le jeune roi de Syracuse, Hiéronyme, abandonne l’alliance romaine et permet à des troupes carthaginoises de débarquer en 21428. Les cités d’Héracléa Minoa et d’Agrigente, toutes deux situées en Sicile, acceptent également l’alliance avec les Carthaginois. Il faut préciser qu’Hannibal a l’habileté de proposer un système d’alliance, moins contraignant que le modèle romain de sujétion, ce dernier laissant aux populations un ensemble de droits plutôt réduits et réclamant des charges humaines et financières lourdes.

Au contraire, Hannibal s’inspire du modèle grec, à savoir une cité hégémonique qui assure la sécurité de ses alliés auxquels est rendue la liberté. Hannibal reprend ainsi le discours sur la liberté des Grecs. Cette idée, défendue en son temps par Antigone le Borgne, dont le descendant Philippe V de Macédoine conclut une alliance avec Hannibal en 21512, est ainsi reprise par le conquérant carthaginois et lui permet de rejeter, aux yeux de certains Grecs de Sicile et du sud de l’Italie, les Romains dans le monde barbare.

modifier Retournement de situation

Buste de Scipion l’Africain

À partir de 212, Hannibal connaît des difficultés de plus en plus grandes. En effet, depuis 215, les Romains reprennent la stratégie de Fabius Cunctator et évitent d’affronter Hannibal en bataille rangée12. Ils augmentent également leurs effectifs par une politique d’enrôlement d’esclaves et de jeunes hommes de moins de 17 ans. Mais surtout, ils comprennent à quel point il est nécessaire de reprendre l’offensive sur le terrain politique et idéologique. Sous la direction d'un sénateur féru de lettres grecques, Quintus Fabius Pictor, une histoire de Rome à la tournure anti-punique est rédigée. Hannibal et les Carthaginois y sont décrits comme étant indignes de confiance, impies et cruels26. En contrepoint, les Romains sont présentés comme respectueux des accords, pieux et pratiquant la tempérance. C’est de cette manière que se met en place la définition de la « coutume des anciens », le mos majorum, qui devient la norme morale de référence de la fin de la République romaine.

Sur le terrain militaire, les Romains, sous la direction de Marcus Claudius Marcellus, reprennent Syracuse12 en 212 puis Capoue en 21131 après deux sièges successifs. Une contre-offensive d’Hannibal pour reprendre Capoue en 211 échoue24 ainsi qu’un raid de cavalerie sur Rome même26. Les Romains parviennent à détruire une armée carthaginoise en Sicile et pacifient l’île en s’alliant avec la Ligue étolienne afin de contrer Philippe V qui tente de profiter de la situation pour conquérir l’Illyrie mais, attaqué sur plusieurs fronts, est rapidement submergé par Rome et ses alliés grecs.

En 210, Hannibal prouve à nouveau sa supériorité tactique en infligeant une sévère défaite à l’armée proconsulaire de Gnæus Fulvius Centumalus à Herdoniac24 (actuelle Ordona en Apulie) et détruit en 208 une force romaine engagée dans le siège de Lokroi Epizephyrioi. Mais la perte de Tarente en 209, qui est reprise par Fabius Cunctator24 et est traitée avec dureté, et la reconquête progressive du Samnium et de la Lucanie (actuelle Basilicate) par les Romains — avec une série de victoires à Salapia en 208 et à Grumentum en 207 — lui font perdre le contrôle du sud de l’Italie. Il parvient pourtant à revenir en Apulie en 207 et y attend son frère Hasdrubal Barca pour marcher sur Rome24.

Pendant ce temps, les Romains tentent de contre-attaquer en Hispanie, sous le commandement de Publius Cornelius Scipio et de son frère Gnaeus Cornelius Scipio Calvus (217-212), mais sans grand succès si l’on excepte la prise de Sagonte en 212. Tous deux, tués la même année, sont remplacés par Scipion l’Africain qui prend Carthagène en 20912. Hasdrubal parvient cependant à quitter l’Hispanie avec une armée de secours et gagne l’Italie par voie terrestre. Mais il est tué sur les rives du Métaure31 en 20728, suite à une audacieuse manœuvre stratégique du consul romain qui, chargé de surveiller Hannibal, rejoint son collègue pour faire face à Hasdrubal. À l’annonce de la défaite et de la mort de son frère, Hannibal se retire dans le Bruttium où il stationne durant les années qui suivent. La combinaison de ces événements marque la fin des succès d’Hannibal en Italie. Dès 206, les hostilités sont terminées en Hispanie et en Sicile au bénéfice des Romains28. La même année, le second frère d’Hannibal, Magon, vaincu en Hispanie, parvient à porter la guerre en Ligurie12. Il est finalement vaincu par Quintilius Varus et tente de rejoindre son frère avec les débris de ses troupes. En 205, les Romains reprennent le port de Lokroi Epizephyrioi où Hannibal attend en vain une flotte de son allié Philippe V puis, après la défaite de ce dernier contre les Étoliens en 208, une flotte de Carthage qui concentre ses efforts à sauvegarder ses intérêts commerciaux en Hispanie.

modifier Bataille de Zama

Icône de détail Article détaillé : Bataille de Zama.

Les Romains, dirigés par Scipion l’Africain, obtiennent un important succès diplomatique en 206 en s’attachant les services du prince numide Massinissa12, ancien allié de Carthage en Hispanie entré en conflit personnel avec Syphax, un allié numide de Carthage. En 204, ils débarquent en Afrique du Nord pour forcer Hannibal à quitter l’Italie83 et mener le combat sur ses terres31.

Gravure de la bataille de Zama de Cornelis Cort (1567). Cependant, il est à noter que cette gravure représente des éléphants d’Asie, tandis que ceux utilisés par Hannibal sont des éléphants d’Afrique du Nord qui sont plus petits.

En 203, après près de 15 ans de combats en Italie, alors que Scipion progresse et que les Carthaginois favorables à la paix menés par Hannon le Grand tentent de négocier un armistice au lieu de renforcer les troupes d’Hannibal, ce dernier est rappelé par le camp favorable à la poursuite de la guerre mené par les Barcides tout comme son frère Magon qui meurt au cours de la traversée du retour. Après avoir laissé une trace de son expédition gravée en punique et en grec ancien sur des tablettes du temple de Junon à Crotone, il appareille pour son retour84. Les navires débarquent à Leptis Minor (actuelle Lamta) et Hannibal prend, après deux jours de voyage3, ses quartiers d’hiver près de Hadrumète12. Son retour renforce immédiatement le camp favorable à la guerre qui le place à la tête d’une force regroupant ses mercenaires d’Italie et des conscrits locaux. En 202, Hannibal rencontre Scipion au cours d’une tentative de conciliation. Malgré leur admiration mutuelle, les négociations échouent en raison des références romaines à la rupture du traité liant la cité ibérique de Sagonte à Rome et le pillage d’une flotte romaine échouée sur la côte du golfe de Tunis. Un plan de paix est néanmoins en préparation qui stipule que Carthage ne conserverait que ses territoires en Afrique du Nord, que le royaume de Massinissa serait indépendant, que Carthage réduirait la taille de sa flotte et qu’elle paierait une indemnité de guerre. Mais, renforcés par le retour d’Hannibal et le ravitaillement pris à la flotte romaine, les Carthaginois rejettent les clauses du plan.

La rencontre décisive a lieu à Zama le 19 octobre 20228. Contrairement à la majorité des batailles de la Deuxième Guerre punique, les Romains disposent d’une meilleure cavalerie que les Carthaginois qui eux se rattrapent avec une infanterie supérieure. La supériorité romaine est due au ralliement de la cavalerie numide de Massinissa. Hannibal, souffrant d’une santé fragilisée par ses années de campagne en Italie, possède encore l’avantage du nombre avec 80 éléphants de guerre et 15 000 vétérans des guerres d’Italie, même si le reste de son armée est composée de mercenaires celtes dont la motivation est relative ou de citoyens carthaginois peu aguerris. La stratégie utilisée par Hannibal est la même que celle utilisée à Cannes. Mais la tactique romaine ayant évolué depuis 14 ans, la tentative d’encerclement échoue et les Carthaginois sont finalement défaits28.

Hannibal perd près de 40 00021 hommes — contre 1 500 pour les Romains — et le respect de son peuple à l’occasion de la dernière bataille majeure de la guerre. La cité punique est contrainte de signer la paix avec Rome et Scipion, dès lors surnommé Scipion l’Africain74, de renoncer à sa flotte de guerre28 et à son armée. Elle est aussi soumise à un lourd tribut de guerre payable en cinquante annuités12.

modifier Après Zama

modifier Carrière politique

Obligé de signer le traité de paix avec Rome en 20128 qui prive Carthage de son ancien empire, Hannibal alors âgé de 46 ans décide de p