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On distingue couramment Dieu (avec une majuscule) de: un dieu ou les dieux. Dans ce dernier cas, on consultera l'article dieux, cet article-ci traitant principalement du Dieu unique.
L' Ancien des Jours. Peinture de William Blake
La représentation de Dieu est nécessairement symbolique, et généralement désapprouvé par les religions monothéistes La conception exacte de Dieu varie en fonction des philosophies et des religions. Dieu désigne généralement un « être suprême » dont les qualités sont illimitées, l'individuation personnelle ou impersonnelle du principe de l'univers, c'est-à-dire sa raison « première » en tant qu'essence primordiale - Dieu est alors souvent1 considéré comme le démiurge ou créateur - et sa raison « dernière » en tant que finalité et sens de la vie, dans les religions monothéistes.
ÉtymologieLe mot dieu vient du latin deus, lui même issu de la racine indo-européenne « dei wo », lumière du ciel, du jour, de la base « dei- », luire, briller. 2. C'est la plus ancienne dénomination indoeuropéenne de la divinité qui se retrouve dans le nom du dieu grec Zeus dont le génitif est Deos ("Theos" en grec). De la même racine est issu la désignation de la lumière du jour (diurne "die" en latin). D'abord Deo et Deus (842), puis Deu et Dieu (XIe et XIIe siècles), le mot est attesté dès le tout premier texte français3. Qualités divinesIl existe probablement autant de notions de la divinité qu'il existe de cultures ou d'individus; et les qualités qui lui sont prêtées varient d'autant. En philosophie, dans une perspective croyante, Dieu est l' Être par excellence ; on parle aussi en métaphysique de cause première et/ou finale. En théologie il reçoit traditionnellement les attributs suivants :
Dans les acceptions abrahamiques4, ainsi que dans d'autres religions plus récentes ou comptant moins d'adeptes, il est omniscient, omnipotent5, omniprésent. Certaines approches limitent cette omnipotence par le libre-arbitre concédé aux humains (voir paradoxe de la toute-puissance). Dieu peut être pensé comme étant personnel, tel Dieu le Père, Ishvara, Mahadevi, ou comme impersonnel, tel le Tao, le Brahman, l'Esprit des religions amérindiennes, etc. Il peut être pensé comme transcendant ou immanent, c'est-à-dire qu'il est hors de, ou dans la création ou le monde. Il peut être un dieu anhistorique et ne pas intervenir séculièrement, ou un dieu d'insertion historique comme le Christ. Il peut être assujetti au destin (Wyrd, Moïra, Fatum), ou le régenter en tant que source. Une autre option encore implique qu'il se soumet lui-même à ses propres lois. Dieu peut avoir une antithèse, sous les formes du mauvais démiurge des gnostiques, du jumeau principe du mal comme Ahriman, d'une divinité du chaos, d'une divinité chtonienne telle qu'Apophis, ou peut-être de l'Humain lui-même, en tant que responsable de son malheur. On trouve habituellement des ensembles antithétiques : titans, géants, asuras, rakshasas, démons, etc. Dans le christianisme, on associe parfois l'Ange déchu, Lucifer, à l'antithèse de Dieu ; mais dans le contexte chrétien, Lucifer reste une création de Dieu et n'est donc pas un strict opposé, comme il en existe dans le gnosticisme. Satan, dont le nom « adversaire » ou « accusateur », est une représentation emblématique des forces combattant Dieu dans les religions abrahamiques. Dieu peut disposer d'une cohorte d'auxiliaires, anges, saints, esprits divers, en opposition aux ensembles antithétiques mentionnés plus haut. Dieu, surtout mais non pas seulement dans ses formes impersonnelles, tend à être « par-delà bien et mal 6 » en ce qu'il englobe ou transcende cette opposition dans la non-dualité de sa nature ultime. Le conflit du bien et du mal suit alors un dessein, une finalité incompréhensible et mystérieuse, qui cependant se résout en Dieu même. Il peut avoir un nom défini, comme Yahvé7 ou Allah, nom que les croyants énoncent souvent avec réserve et déférence, préférant l'usage de ses surnoms ou attributs, qui tendent à approximer son ineffabilité foncière. Certaines religions demandent ou édictent qu'on ne prononce jamais son nom hors d'un contexte rituel et sacré8. Image:Spider Goddess 1.PNG
La Déesse, en tant qu'araignée, élaborant le tissé de rêve 9.
Longtemps occultée par les dieux mâles du patriarcat, la figure de la Grande Déesse, souvent Déesse-Mère, trouve aujourd'hui un regain de faveur, à l'instar des spiritualités amérindiennes. Dieu peut être anthropomorphe, ou sous forme animale ou mixte (ex.: Horus) et peut être sexué, asexué ou hermaphrodite, Cependant la plupart des grands monothéismes tendent à le dépersonnaliser: Ainsi au sein de l'hindouisme on a vu s'épanouir les conceptions du polythéisme, puis du monothéisme, et finalement une conception impersonnelle, le Soi, « âme individuelle », étant identifié au Brahman, « âme universelle ». Tout au contraire la propagation historique de religions impersonnelles telles que le bouddhisme et le taoïsme, originellement aux limites de l'athéisme, tend à personnaliser le divin, ou même à engendrer une pléthore de déités. On dit alors que ces dernières sont soit des représentations, soit des incarnations des différents aspects du divin, ou des émanations de l'Unique. Aussi, selon les différentes traditions et religions, Dieu peut être unique et/ou composite, se manifestant sous différents aspects, comme, par exemple, la Trinité des chrétiens chalcédoniens. Pour les catholiques romains en particulier, le Fils, une des trois personnes de la Trinité, est effectivement présent lors de l'eucharistie. Certaines autres religions, notoirement l'islam et le sikhisme, s'en tiennent à un strict monothéisme. Croyances et doctrinesLes théistes croient en un être suprême plus ou moins défini et y ajoutent l'obligation de lui rendre un culte, d'obéir à la « loi naturelle », à la différence des déistes qui se contentent de croire à l'existence d'un Dieu, sans autres implications particulières que la prière spontanée. Les panthéistes considèrent pour leur part que tout est dieu et peuvent ainsi être qualifiés de naturalistes déistes. Le croyant reconnaît donc l'existence de Dieu, ou de dieux, à l'inverse des athées. Tenant une troisième position, les agnostiques affirment qu'un être ou un fait divin est simplement indémontrable ou inconnaissable, là même où pour les mystiques et certains gnostiques, on peut en avoir une « connaissance » expérientielle. D'autre part lorsqu'il n'est pas simple indifférence, l'athéisme dans sa négation catégorique de l'existence de Dieu, peut être interprété du point de vue agnostique, comme étant encore une croyance, en ce que « Dieu » n'aurait pas à être nié ni accepté. La plupart des critiques que l'athéisme adresse à la religion sont soit logiques, soit psychologiques, remettant en cause la motivation du croyant qui « crée Dieu à son image » afin de se rassurer, comme dans la projection d'un père ou d'une mère cosmique par exemple. D'autre part on n'aurait pas à faire découler l'ordre naturel d'une « réalité » aussi intangible, et outrepasser les limites de notre compréhension en forçant une réponse au « pourquoi » de l'univers. Les divergences de perspective sont ici portées à leur paroxysme, en ce que le croyant, par la prière et la méditation notamment, estime pouvoir établir une relation personnelle avec cet intangible divin, et en obtenir une réponse indirecte mais probante. On doit finalement distinguer l'athée de l'anticléricaliste qui adresse plutôt une critique sociologique à l'encontre de la religion, « l'opium du peuple10 », et particulièrement envers l'asservissement politique par les Églises et leurs hiérarchies. Au sein même d'une religion, de nombreuses tendances politisantes coexistent. Ainsi on rencontre des courants conservateurs, des courants fondamentalistes et des courants progressistes. Certains courants peuvent se voir excommuniés par d'autres ou déclarés anathèmes, et qualifiés d'hérétiques, surtout dans les religions dogmatiques, c'est-à-dire disposant d'un corpus déterminé de doctrines, souvent renforcé par une ou plusieurs autorités. Typologie
Peinture de Michel-Ange sur le plafond de la Chapelle Sixtine du Vatican à Rome (qui représente Dieu et la création d'Adam).
La description de la nature et de la substance 11 divine est le propre d'un Occident qui, sous cet aspect inclut le Moyen-Orient. La description des attributs de Dieu sous une forme détaillée se nomme cataphatisme, parfois théosophie, tandis que le refus de se prononcer sur l'ontologie divine se nomme apophatisme. Toutes les religions connaissent un développement de ces deux courants. D'un point de vue général, l'apophatisme est fréquemment combattu ou réservé à des initiés tandis que dans d'autres cas, plus minoritaires, décrire "Dieu" constitue le commencement de l'idolâtrie. On parle alors de courant ésotérique 12 par opposition au courant exotérique qui représente les enseignements sur Dieu ou sur les dieux d'une religion donnée, quand ils sont ouverts à tous, parfois même aux étrangers à cette religion. Outre la théologie de Jehan Eckhart, l'apophatisme peut être illustré à défaut d'être défini par cette citation du théologien juif Marc-Alain Ouaknine qui exprime dans une boutade quelque chose qui pourrait être plus aisément compréhensible par nos contemporains que la langue symbolique du mystique médiéval :
Aspects sociologiquesEn Occident, à partir de Descartes et Pascal notamment, l'existence de Dieu est devenue sujette à la démonstration, et de plus en plus exposée à la critique concomitante à la crise de la religion chrétienne et l'apparition du protestantisme. On doit à Friedrich Nietzsche la formule célèbre « Dieu est mort », qui fait écho aux mutations de la société occidentale moderne : le scientisme, la théorie de l'évolution de Darwin, le socialisme, la psychanalyse, entre autres, ont en commun une critique des dogmes religieux qui ouvre la voie à l'athéisme qui considère la notion de Dieu comme un construit social irréel. Cependant la croyance en l'existence de Dieu et l'activisme politique ont parfois été liés, comme le montrent la vie de Gandhi, les premiers militants socialistes chrétiens, ou encore la théologie de la libération dans les pays du tiers monde. La référence à Dieu reste un sujet sensible notamment en Europe, où l'affirmation des origines prétendument chrétiennes de l'Union européenne a provoqué des débats houleux lors de la rédaction de la Constitution européenne. Certains pays possèdent une religion nationale : le Royaume-Uni, le Danemark, la Finlande, la Grèce, l'Islande, Malte, la Norvège, etc., par opposition aux États laïques, tels La France et la Turquie. La constitution des États-Unis interdit à l'Union de reconnaître une religion. D'autres pays ont passé des accords de concordat avec une ou plusieurs instances religieuses (Italie, Allemagne, Portugal, …). Approches contemporainesA côté du renouveau de la philosophie thomiste (le néo-thomisme) il s'est développé au tout début du XXe siècle une métaphysique contemporaine qui tient compte du progrès scientifique tels que le représentent la physique quantique, les théories de l'évolution, la psychanalyse. Théologie du processLa théologie du process est le nom sous lequel on rassemble les œuvres des penseurs de cette métaphysique pour notre temps. Cette métaphysique, au contraire des précédentes transcende les frontières des dénominations religieuses. Même si les penseurs chrétiens (protestants avec John B. Cobb ou catholiques avec, d'une certaine façon, Pierre Teilhard de Chardin et Jean-Luc Marion, ou encore laïc avec Louis Bergson) ont publié plus d'ouvrages, on trouve des penseurs du process aussi dans le judaïsme, dans l'hindouisme et dans une moindre mesure dans l'islam. Elle s'est développée autour de deux pôles :
Toutefois, le chef de file de cette théologie est le mathématicien Alfred North Whitehead dont le livre Process and Theology 17 pourrait bien constituer la théologie systématique. Une introduction aux diverses théologies du Process, qu'il serait préférable de traduire par théologies du dynamisme, a été donnée en 1975 par André Gounelle sous le titre "le dynamisme créateur de Dieu" 18. On pourrait résumer de façon schématique ce courant de pensée en disant qu'à côté des croyants pour lesquels Dieu existe ou de ceux pour lesquels il est, se fait jour une métaphysique dans laquelle Dieu advient. Cette idée peut parfaitement s'enraciner dans la Bible, aussi bien dans une méditation sur un « septième jour » ouvert et actuel, que sur un développement du nom de Dieu: « Je suis celui qui suis » (Exode 3:14) dont les traductions française à l'aide d'un présent d'éternité, donc immuable (dans une pensée modelée par l'aristotélisme) ne rend pas compte du caractère potentiel, inaccompli, de ce verbe « être » en hébreu. Approche apologétique contemporaineLe philosophe Michel Henry définit Dieu d’un point de vue phénoménologique, dans son livre C'est moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme, Éditions du Seuil, 1996, p. 40 :
Toutefois, le fait que cette approche s'exprime dans les seuls termes du christianisme et à partir des écritures chrétiennes (Cf. à la fin de ce paragraphe) qui ne sauraient rendre compte de ce que chacun nomme Dieu dans d'autres religions, conduit à requalifier l'approche de Michel Henry en "apologétique contemporaine". La phénoménologie, quant à elle, eut été pluraliste19.
Recensement du nombre de personnes croyant en Dieu en Europe.20
La Vie dont il est question ici n’est pas la vie au sens biologique du terme définie par des propriétés objectives et extérieures, ni un concept philosophique abstrait et vide, mais la vie phénoménologique absolue, une vie radicalement immanente qui porte en elle le pouvoir de se manifester en elle-même sans distance, une vie qui se révèle elle-même à chaque instant. Une manifestation de soi et une autorévélation qui ne consiste pas dans le fait de voir hors de soi ou de percevoir le monde extérieur, mais dans le fait de sentir et de se sentir soi-même, d’éprouver en soi sa propre réalité intérieure et affective. Comme le dit également Michel Henry dans ce même livre, « Dieu est cette Révélation pure qui ne révèle rien d’autre que soi, Dieu se révèle. La Révélation de Dieu est son autorévélation ». Dieu est en lui-même révélation, il est la Révélation primordiale qui arrache toute chose au néant, une révélation qui est l’autorévélation pathétique et l’auto-jouissance absolue de la Vie. Comme dit Jean, Dieu est amour, parce que la Vie s’aime elle-même d’un amour infini et éternel. Michel Henry oppose à la notion de création, qui est la création du monde, la notion de génération de la Vie. La création du monde consiste dans l’ouverture de cet horizon d’extériorité où toute chose devient visible. Alors que la Vie ne cesse de s’engendrer elle-même et d’engendrer tous les vivants dans son immanence radicale, dans son intériorité phénoménologique absolue qui est sans écart ni distance. Puisque nous sommes vivants et donc engendrés à chaque instant par la Vie infinie de Dieu, puisqu’il ne cesse de nous donner la vie, et puisque nous ne cessons de naître dans le présent éternel de la vie par l’action en nous de cette Vie absolue, Dieu est aux yeux du christianisme notre Père et nous sommes ses Fils bien aimés, les Fils du Dieu vivant. Ce qui ne veut pas seulement dire qu’il nous a créés au moment de notre conception ou au commencement du monde, mais qu’il ne cesse de nous générer en permanence dans la Vie, qu’il est toujours à l’œuvre en nous jusque dans la moindre de nos impressions subjectives. La symbolisationCarl Gustav Jung, pour qui un symbole est quelque chose qui « renvoie toujours à un contenu plus vaste que son sens immédiat et évident »21, dit de Dieu qu'il est « le symbole des symboles »22. C'est une expression qui ne se veut pas révolutionnaire, mais au contraire dans la continuité des diverses expressions du divin. Les recherches de Jung, dans l'alchimie ou la philosophie chinoise, tentent de relier ce qui est universel dans le ressentis de Dieu23. Ces archétypes communs (qui constituent l'inconscient collectif), seraient exprimés par chaque religion de façon différente mais toujours pour exprimer cette même symbolisation. Notes et références
Voir aussiArticles connexes
Principaux noms de Dieu, ou du Divin
Concepts connexes
Bibliographie
Liens externes
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