Crise des subprimes.html

 
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La crise des subprimes (en anglais subprime mortgage crisis) est le déclencheur d'une crise financière mondiale qui a débuté en février 2007. Elle est considérée comme la crise bancaire la plus grave depuis la Grande Dépression de 19291 et entraîne depuis l'automne 2008 un bouleversement majeur du paysage bancaire international.

Sommaire

modifier Causes généralement invoquées

Les causes de cette crise sont parfois imputées à la Federal Reserve Bank qui a pratiqué en 2003 et 2004 des taux d’intérêts jugés trop faibles, incitant à la distribution « agressive » de crédits aussi bien qu'à la recherche par les investisseurs et les épargnants de « suppléments » de rémunération, obtenus par le développement massif de prêts risqués à des personnes insolvables, avec des taux d'intérêts plus élevés. D'autres facteurs ont contribué à augmenter l'endettement hypothécaire:

  • Le fait que les intérêts hypothécaires soient déductibles d'impôt, aux États-Unis, incite les propriétaires à s'endetter,
  • Le Community Reinvestment Act (CRA) a limité le pouvoir des institutions financières de refuser des prêts,
  • Le Department of Housing and Urban Development (HUD) a imposé des cibles aux institutions financières de façon à ce que la clientèle moins fortunée ait accès au crédit hypothécaire2. Ainsi, par exemple, en 2005, 52% des hypothèques rachetées par Freddie Mac et Fannie Mae devaient provenir de ménage gagnant moins que le revenu médian de leur région et 22% de ces prêts devaient être accordés à des ménages gagnant moins de 60% du revenu médian. C'était une mesure d'accession à la propriété,
  • Les institutions financières pouvaient accepter de prêter jusqu'à 110% de la valeur du bien hypothéqué.

Ces dispositions ont eu pour effet de gonfler la demande pour les propriétés (la proportion de propriétaires a atteint 69% en 2004) en attirant une clientèle à risque. Cette hausse de la demande s'est traduite par une hausse de prix qu'on peut maintenant qualifier de "bulle immobilière".

Outre les transgressions des règles prudentielles régissant la distribution du crédit, l'ampleur de cette crise vient du contournement des ratios réglementaires de solvabilité bancaire par la titrisation des créances américaines risquées. Celles-ci furent revendues sous forme d'obligations à des épargnants un peu partout dans le monde donnant à cette crise une dimension mondiale.3

modifier Synthèse de la crise

La crise des subprimes s'est déclenchée au deuxième semestre 2006 avec le krach des prêts immobiliers (hypothécaires) à risque aux États-Unis (les subprimes), que les emprunteurs, souvent de conditions modestes, n'étaient plus capables de rembourser. Révélée en février 2007 par l'annonce d'importantes provisions passées par la banque HSBC, elle s'est transformée en crise financière mondiale à partir de l'été 2007, avec une défiance envers les créances titrisées (ABS, RMBS, CMBS, CDO) qui comprennent une part plus ou moins grande de crédits subprime, puis envers les fonds d'investissement, les OPCVM (dont les SICAV monétaires) et le système bancaire susceptibles de détenir ces dérivés de crédit.

Cette crise de confiance générale dans le système financier a causé une première chute des marchés boursiers à l'été 2007. Elle fut cependant beaucoup moins profonde que celle de l'automne 2008. Les autorités ont d'abord cru à une crise de liquidité bancaire et les banques centrales n'ont cessé d'injecter massivement des liquidités dans le marché interbancaire. Mais peu à peu, le scénario d'une crise de solvabilité globale des banques s'est imposé.

modifier Un total de 500 milliards de perte et 300 milliards de recapitalisation

À partir de l'été 2007, les banques du monde entier ont dû passer chaque trimestre dans leurs comptes des dépréciations de la valeur de leurs actifs liées aux subprimes, en particulier les ABS et les CDO. De l'été 2007 à l'été 2008, ces dépréciations ont totalisé 500 milliards de dollars américains, ce qui a fait chuter d'autant les capitaux propres des banques. Certaines ont épongé ces pertes grâce des augmentations de capital, en vendant en Bourse de nouvelles actions.

Ces augmentations de capital ont totalisé 300 milliards de dollars de la mi-2007 à la mi-20084. Plusieurs fonds souverains, de pays asiatiques notamment, ont ainsi pris des participations significatives au capital des grandes banques américaines.

Mais ces recapitalisations sont restées inférieures de 200 milliards de dollars américains aux pertes constatées, une majorité de banques préférant reconstituer leurs réserves par une diminution de leur activité de crédit traditionnelle, et se contentant de respecter au strict minimum les ratios de solvabilité, malgré une crise dont l'ampleur crée un besoin de sécurité plus important.

modifier Les premières nationalisations, en Angleterre, en Belgique et aux États-Unis

Au printemps 2008, le gouvernement britannique a reconnu l'existence d'une crise de solvabilité en nationalisant la banque Northern Rock. Mais il a fallu attendre l'automne pour voir d'autres nationalisations, avec les sociétés de refinancement américaines Freddy Mac et Fannie Mae le 8 septembre, puis avec l'assureur AIG le 16 septembre. En Europe continentale, Fortis a été la première grande banque nationalisée, le 29 septembre. Au Royaume-Uni, trois des quatre plus grandes banques ont accepté le 8 octobre le principe d'une recapitalisation imposée par le premier ministre Gordon Brown. Le 11 octobre, la France et l'Allemagne ont annoncé aussi qu'elles pourraient éventuellement recapitaliser des banques mais sans donner de nom.

modifier Les banques d'affaires américaines obligées de fusionner après la faillite de Lehman Brothers

Tous les établissements n'ont pas été secourus. Le 15 septembre 2008, le gouvernement américain a laissé la banque d'affaire Lehman Brothers faire faillite sans intervenir, après s'être assuré que ses créanciers étaient assez nombreux pour que l'impact soit dispersé. Cette décision a obligé les banques à prendre des mesures. Prenant conscience que les États privilégieraient le sauvetage des banques de dépot, plusieurs grandes banques d'investissement américaines se sont fait racheter afin de sauver leur activité : Bear Stearns, Merrill Lynch, Washington Mutual et Wachovia.

Ces banques d'affaires étaient les victimes désignées du système d'assurance des créances immobilières par les rehausseurs de crédits, qui avait eu un grand succès auprès des épargnants jusqu'en 2007 mais s'est révélé inefficace devant l'ampleur des risques à couvrir. Ces rehausseurs de crédit ne disposant pas d'assez de capitaux propres pour tenir leurs engagements, ils se sont retrouvés en faillite, obligeant des clients aussi prestigieux que la banque d'affaires Merrill Lynch à porter plainte.

modifier De gigantesques plans de sauvetage dans tous les pays

Aux États-Unis, l'État s'est résolu à procéder à la nationalisation au cas par cas d'établissements en difficultés, après avoir présenté sans grand succès début septembre puis fait voter en deux temps début octobre le Plan Paulson, qui prévoit que l'État rachète 700 milliards de dollars américains d'actifs à risque. En Europe, les différents plans nationaux annoncés autour du week-end des 11-12 octobre se chiffrent à 1 700 milliards d'euros, comprenant des garanties de refinancement, mais aussi des mesures de recapitalisation-nationalisation, dont le détail est annoncé au Royaume-Uni vers la fin d'octobre 2008.

Dans la semaine qui avait précédé, les marchés boursiers européens avaient tous perdu plus de 20%. La crainte d'une sous-capitalisation globale et durable du système bancaire, nuisible à l'économie, avait entraîné dès l'été 2008 une crise de solvabilité, suivie à partir du 6 octobre d'un krach boursier d'autant plus profond qu'il intervenait après un an de baisse régulière de la bourse. En France, l'indice Cac 40 a ainsi perdu 22% de sa valeur en une seule semaine, du 6 au 10 octobre.

La crise avait entraîné depuis le début 2008 une raréfaction progressive et de plus en plus marquée du crédit bancaire à travers le monde, ce qui a aggravé le ralentissement économique en cours. Le krach boursier de la semaine du 6 au 10 octobre a ainsi accompagné de très mauvais indicateurs économiques pour le mois de septembre, en Europe comme aux États-Unis.

modifier Aux États-Unis

modifier Croissance du marché des subprimes

Icône de détail Article détaillé : subprime.

Le marché des « subprimes » est constitué de prêts risqués qui peuvent être hypothécaires (immobiliers), des cartes de crédit, de la location de voitures et autres, accordés à une clientèle peu solvable ou à l'historique de crédit difficile. Ce marché s'est largement développé aux États-Unis à partir de 2001, passant d'un montant de 200 milliards USD pour les prêts hypothécaires en 2002 à 640 milliards USD en 2006. Ce montant représentait 23 % du total des prêts immobiliers souscrits5.

Les emprunteurs à risque peuvent contracter un emprunt immobilier sur ce marché, moyennant un taux d'intérêt révisable généralement indexé (par exemple sur le taux directeur de la Fed), majoré d'une « prime de risque » (subprime) pouvant être très élevée[réf. souhaitée]. Typiquement, les premières années du prêt (1, 3 ou 5 en général) sont couvertes par un taux d'intérêt fixe promotionnel qui devient ensuite variable. Les emprunteurs hypothécaires américains ont la possibilité d'emprunter jusqu'à 110 % de la valeur de l'immeuble objet du prêt, d'avoir la possibilité de ne rembourser que la partie intérêt de leur mensualité, un intérêt d'ailleurs entièrement déductible d'impôts.

La croissance de ce marché a tout d'abord été encouragée par des taux historiquement bas qui ont incité les institutions de crédit à accroitre la part du subprime dans leur portefeuille et à profiter des importantes marges de risque imposées à ces crédits. Elles étaient encouragées en cela par une législation de 1977 (Community Reinvestment Act) : un établissement peut demander et obtenir une garantie de ses dépôts par l'État (Federal Deposit Insurance Corporation) s'il s'engage en contrepartie à prêter à des personnes à revenus modestes, auxquelles de tels prêts ne seraient sans cela pas accordés6. Par ailleurs, ce mouvement a été accéléré par l'utilisation de la titrisation comme outil d'évacuation du risque de crédit, utilisation encouragée par la demande croissante de produits rentables par des investisseurs et par l'afflux de liquidités disponibles à la recherche d'investissements attractifs. Certains établissements financiers avaient fait du subprime leur spécialité en se spécialisant dans l'octroi de crédits subprime aussitôt revendu dans le marché de la titrisation.

Ces prêts à des personnes à la cote de crédit insuffisante ont participé à la création d'une bulle immobilière qui elle-même nourrissait la bulle de crédits : tant que l'immobilier augmente, la maison acquise et mise en hypothèque assure que l'opération ne peut que bien se terminer, puisqu'en cas de défaillance, la banque pourra rembourser le crédit en saisissant, puis en vendant la maison.

modifier Déclenchement de la crise du subprime

La pérennité de ce système dépend de deux conditions : d'une part, des taux d'intérêt relativement stables, et d'autre part d'une appréciation régulière de l'immobilier. Or,

  • les prix de l'immobilier ont commencé à chuter dans plusieurs régions des États-Unis à partir de 2006. Le marché immobilier américain a perdu aux alentours de 20 % durant les 18 derniers mois précédant la crise. Ces fluctuations immobilières sont toutefois très différentes selon les États, villes et quartiers.

Par conséquent, les emprunteurs se retrouvèrent confrontés à une hausse rapide de leurs mensualités, et les plus fragiles furent incapables de faire face à leurs remboursements. Dans un contexte de hausse du marché de l'immobilier, ou lorsqu'il est limité à des cas isolés, le défaut de paiement est couvert par les créanciers : grâce à une politique de gestion du risque, les organismes sont censés pouvoir supporter le délai nécessaire au recouvrement de créances des débiteurs en saisissant les biens portés en garantie lors de l'emprunt et en les revendant. Mais dans un contexte de baisse du marché de l'immobilier, l'organisme créancier peut se retrouver en situation difficile, surtout s'il s'agit d'un défaut de paiement en masse. Or, en 2007, le taux de non-remboursement sur ces crédits s'est élevé aux alentours de 15 % [réf. nécessaire].

Avec la baisse du marché immobilier américain, la valeur des habitations est devenue inférieure à celle du crédit qu'elles devaient garantir. Ainsi, les établissements de crédit, censés pouvoir récupérer leurs mises en vendant les habitations hypothéquées, se retrouvèrent sans moyen rapide de redresser leur bilan, puisque vendre ces biens ne suffisait plus à couvrir leurs pertes. L'afflux de mises en vente des biens saisis a même aggravé le déséquilibre du marché immobilier où les prix se sont effondrés.

En août 2007, un site spécialisé faisait état de plus d'un million de défauts de paiement constatés8, mais chaque constat de défaillance ne mène pas à la faillite de l’emprunteur. Les banques essayant généralement de trouver des solutions de rééchelonnement de prêts lorsqu’elles pensent que le débiteur ne traverse qu’une difficulté passagère.

Le président de la Commission bancaire du Sénat des États-Unis, Christopher Dodd, estime qu'un à trois millions d'américains pourraient perdre leur logement suite à cette crise9.

modifier Effet de contagion sur le système bancaire américain

L'insolvabilité des débiteurs et la chute des prix de l'immobilier ont provoqué la chute ou la faillite de plusieurs entreprises de prêts hypothécaires à risque ((en) subprime mortgage lenders), tels que la New Century Financial Corporation en avril 200710, conduisant à l'effondrement du prix des actions de l'industrie du crédit.

Les grandes banques, qui financent ces établissements financiers spécialisés, ont également pâti de ces faillites et leur ont demandé des remboursements anticipés auxquels ils n'ont pu faire face, accélérant les faillites. D'autres grandes banques sont actionnaires de ces sociétés de crédit spécialisées.

Les premiers effets sur le marché de l'emploi dans le secteur financier se sont faits sentir dès l'été 2007. Les sociétés financières américaines ont annoncé 35 752 suppressions d'emplois en août 2007, selon le cabinet Challenger, Gray and Christmas11.

En avril 2007, la Fed estimait que les pertes pour les banques pourraient s'élever de 100 à 150 milliards USD pour un marché de 8 400 milliards d'encours de crédit12. La Deutsche Bank estimait fin octobre que ce chiffre pourrait s'élever à 400 milliards de dollars13 ; la banque d'investissement Goldman Sachs plaçait pour sa part en novembre 2007 le curseur à 2 000 milliards de dollars14.

Le Fonds Monétaire International a estimé dans un rapport du 9 avril 2008 que « le montant des pertes pourrait atteindre quelque 945 milliards de dollars ».

modifier Réaction du gouvernement américain à l'été 2007

Le vendredi 31 août 2007, le président américain George W. Bush a annoncé une série de mesures destinées à empêcher que les ménages qui font face à des taux d'intérêt particulièrement élevés ne se retrouvent en situation de défaut de paiement et ne soient contraints de vendre leur maison. Il a notamment proposé que la Federal Housing Administration modifie ses règles de manière à assouplir les conditions de refinancement exigées des emprunteurs, ainsi que de modifier le régime fiscal pour faire en sorte que des sommes radiées de la valeur d'une maison par des institutions financières ne soient taxées par le gouvernement fédéral. Il estime tout de même que le rôle du gouvernement américain dans ce dossier est limité, et qu'il n'est pas de son ressort de se porter à la rescousse de spéculateurs ou d'investisseurs ayant pris de mauvaises décisions.

Par ailleurs, les agences de notation (Standard & Poor's, Moody's, Fitch) sont accusées d'avoir mal évalué le risque de ces produits et, partant, la notation associée à ces produits. En outre, avec la baisse importante des émissions de produits structurés qui représentaient la moitié de leurs revenus, ces agences ont dû lancer des plans de licenciement : Standard & Poor's a annoncé le 8 décembre un plan pour réduire ses effectifs de 3 %15.

Les représentants du G7 ont appelé à plus de transparence dans le travail des agences de notation16. La ministre française de l'économie Christine Lagarde a développé cette position en indiquant préférer à de nouvelles lois17 une régulation du système bancaire par lui-même. Elle a repris cette idée en septembre 2008, déclarant que les problèmes des marchés financiers étaient principalement dus à une absence de marché et non à son supposé excès18.

modifier La généralisation de la crise

Au delà de la chaîne des effets directs (insolvabilité des emprunteurs subprime, faillite des sociétés de crédit spécialisées, pertes de la part des grandes banques qui les détenaient ou travaillaient avec elles), l'essentiel des effets de la crise du subprime est indirect.

modifier Transmission de la crise par la titrisation

Icône de détail Article détaillé : Titrisation.

La première courroie de la crise réside dans le phénomène de la titrisation de créances. La titrisation est l'opération financière, méconnue de l'emprunteur, par laquelle une banque revend ses créances sur des marchés spécialisés, souvent groupées avec d'autres valeurs. Ce qui lui permet à la fois de se refinancer et de réduire son risque (qui est reporté sur les investisseurs qui achètent ces créances). La titrisation est devenue un phénomène courant depuis le début des années 2000. Les créances titrisées sont rachetées par des investisseurs (fonds d'investissements classiques, fonds plus spéculatifs, etc.).

Le marché du subprime a été massivement financé par la titrisation, les créances étant regroupées dans des véhicules de financement ad hoc19 et transformées en titres négociables souscrits par des investisseurs.

Cependant, à partir du début 2007, la crise des crédits subprimes a jeté le doute sur l'ensemble des véhicules de titrisation de créances, en premier lieu les créances hypothécaires portant spécifiquement sur l'immobilier d'habitation américain ((en) residential mortgage backed security, ou RMBS), mais aussi les paquets de créances diversifiées appelés CDO ((en) Collateralised debt obligation). Ce sont en fait toutes les formes de véhicules de titrisation de crédit (ABS, RMBS, CDO et leurs variantes) qui sont devenus suspectes, aux yeux des investisseurs, au début et surtout durant l'été 2007, de peur qu'ils ne portent des créances à risque en général et subprimes en particulier20.

modifier Transmission par les fonds d'investissement

La deuxième courroie de transmission de la crise est constituée des fonds d'investissement qui ont eux-mêmes acheté les créances titrisées.

Les crédits subprime, offrant des rendements élevés ((en) high yield) dus au paiement par l'emprunteur d'un taux d'intérêt plus élevé que pour le marché prime, les investisseurs ont exercé une forte demande de ce type de produits afin de doper les performances de leurs fonds d'investissement ou OPCVM.

Ces fonds se sont trouvés en difficulté du fait de la chute de la valeur de leurs actifs. L'effondrement de la valeur de deux fonds d'investissement de la banque américaine Bear Stearns, révélé le 17 juillet 2007, a donné le signal de la crise de confiance. L'annonce, intervenue le soir même d'une séance record à la New York Stock Exchange (14 000 points atteints en séance), va donner le signal de la baisse21. Ce sont désormais tous les fonds d'investissement qui vont à leur tour devenir suspects.

Certains fonds avaient cependant, dès 2006, envisagé qu'une crise immobilière se préparait et avaient pris des positions inverses à tout le monde en spéculant sur l'effondrement des produits financiers adossés aux crédits immobiliers à risque22.

modifier Engagements indirects des banques

En troisième lieu, ces fonds d'investissement appartiennent ou sont financés par les banques (les hedge funds se financent par effet de levier, c'est-à-dire avec peu de capitaux et beaucoup d'emprunts). Les banques reprennent donc par ce biais les risques qu'elles avaient dans un premier temps confiés aux marchés23. La communauté financière s'est alors rendu compte, vers la fin juillet 2007, que l'ensemble du système bancaire supportait des risques de crédits, non seulement dans les fonds que les banques finançaient, mais aussi dans les fonds qu'elles géraient. Ainsi, des créances titrisées à haut rendement (et donc à haut risque selon le Medaf) étaient elles-mêmes présentes dans certaines SICAV monétaires, placements jusque-là jugés sans risque, les « sicav monétaires dynamiques ». D'où une brutale chute de valorisation des sicav monétaires dynamiques dans les premiers jours d'août 2007.

Le 9 août 2007, la première banque française par ses fonds propres24, BNP Paribas, annonce le gel (réalisé le 7 août) des actifs de trois fonds monétaires dynamiques OPCVM d'une valeur totale de 1,6 milliards d'euros (gérés par BNP Paribas ABS Eonia, BNP Paribas ABS Euribor et Parvest Dynamic ABS) (liés aux sécurités des prêts aux États-Unis)25. La banque était incapable de chiffrer les actifs de ces fonds depuis que les négociations des (en) mortgage securities étaient virtuellement arrêtées et donc empêchaient les investisseurs de pouvoir déterminer le prix de marché security. Le 29 août, BNP Paribas annonce la fin du gel. Les fonds ont rouvert courant septembre avec des décotes d'au maximum 1,21 %26.

modifier Conséquences

Icône de détail Article détaillé : Crise financière de 2008.

modifier Conséquences sur les banques

modifier Crise de liquidité bancaire

Les incertitudes sur les engagements directs et indirects des établissements financiers en matière de crédit à risque, mais aussi la crainte d'un ralentissement général des activités de banque de financement et d'investissement, très rentables et moteurs de la croissance au cours des années précédentes, ont fini par entraîner une véritable crise de confiance, ayant connu peu de précédent, entre banques. Celles-ci ont vu se tarir leurs principales sources de refinancement, le marché interbancaire et l'émission d'ABCP ((en) asset-backed commercial paper)27,28.

Sur le marché interbancaire, sur lequel les banques en situation d'excédent de capitaux prêtent à celles qui en manquent, la défiance entre banques elle-même a conduit à une envolée du taux d'intérêt29.

Par ailleurs, les banques avaient mis en place au cours des années précédentes des structures de financement, appelées conduits ou SIV ((en) structured investment vehicles) qui émettaient du papier commercial à court terme à taux faible ((en) asset-backed commercial paper) vendu à des investisseurs. Les fonds levés étaient ensuite prêtés à long terme à des taux plus élevés, ce qui permettait de dégager une marge d'intérêt. Seulement, ces emprunts à court terme devaient être renouvelés régulièrement (tous les trois mois). Or, une fois la crise de confiance envers les banques engagée, les investisseurs ont cessé de financer les ABCP, obligeant les banques à les financer elles-mêmes.

La crise de liquidité bancaire a conduit les banques centrales, Banque centrale européenne (BCE) et Federal Reserve (Fed) en premier lieu, à procéder à de massives injections de liquidité sur le marché interbancaire afin de permettre aux établissements de refinancer leur activité et d'éviter le déclenchement d'une crise « systémique » (crise de tout le système). La première intervention a eu lieu le 9 août 2007, lorsque la BCE a injecté 94,8 milliards d'euros dans le système financier européen pour accroître les liquidités qui manquaient au marché. Il s'agit de la plus grande mise à disposition de fonds faite en un seul jour par la BCE, dépassant le prêt de 69,3 milliards d'euros fait après l'attentat du 11 septembre 2001. Le même jour, la Fed injecte 24 milliards de dollars US dans le système financier du pays.

Les banques se financent traditionnellement en empruntant sur le marché monétaire interbancaire à des échéances de trois mois. Le taux d'intérêt auquel elles empruntent (en Europe continentale, il s'agit de l'Euribor à 3 mois) est habituellement supérieur de 15 à 20 points de base (0,15 à 0,20 % en langage courant) au taux directeur de la banque centrale qui est considéré comme le taux sans risque30. La différence entre le taux auquel les banques empruntent et le taux directeur est appelée prime de risque (ou spread en anglais) et est calculée par l' indice TED (en) pour le cas américain. À partir de la crise de confiance du mois d'août 2007, le taux Euribor s'est envolé, atteignant 4,95 % en décembre 2007 alors que le taux directeur était de 4 % (2007) et qu'en temps normal, elles auraient emprunté à 4,20 %. En octobre 2008, l'indice TED est même monté à un historique très élevé de 4 % de différence alors qu'il avait été de 0.5 % en moyenne de 2004 à 200731

La forte hausse, à partir du mois d'août 2007, des taux à court terme auxquels se refinancent les banques constitue un vrai risque pour leur équilibre financier : « L'envolée des taux du marché du refinancement bancaire (Eonia et Euribor), devenus supérieurs aux taux des prêts sans risque à long terme, [constitue] une situation intenable pour les établissements financiers », écrit le 15 septembre un journal spécialisé32. En effet, certaines banques en arrivent à emprunter à des taux élevés pour refinancer des crédits qu'elles ont accordés précédemment à des taux moindres.

La crise de liquidité est renforcée par l'asymétrie d'information entre banques, qui sont donc réticentes à se prêter entre elles33.

modifier Conséquences sur les comptes des banques

Les banques australienne Macquarie, américaine Bear Stearns, britannique HSBC et allemande IKB ont été parmi les premières touchées. Bear Stearns, notamment, possèdait des fonds spéculatifs qui avaient misé sur une remontée du secteur immobilier pour le recouvrement de fonds prêtés par des banques. La banque a été affaiblie dés le début par la faillite de deux de ses hedge funds.

Une panique bancaire, limitée à la banque britannique Northern Rock, a eu lieu en septembre 2007. En 3 jours, les clients de la banque ont retiré 12 % des montants déposés34.

Les grandes banques mondiales ont annoncé des résultats des troisième et quatrième trimestres 2007 en forte baisse à la suite de la crise à cause à la fois :

  • de pertes directes sur les crédits subprimes ;
  • mais surtout de dépréciations d'actifs dérivés des subprimes (la valeur des actifs financiers de type RMBS, CDO inscrite dans les comptes, établie à leur valeur de marché, a fortement baissé au cours du trimestre) ;
  • d'un net ralentissement des activités de banque d'affaires et de marché qui avaient été les moteurs des bénéfices des années précédentes (titrisation, financement des LBO et des hedge funds, fusion-acquisition, gestion d'actifs, etc.).

Les grandes banques d'affaires américaines et européennes ont enregistré d'importantes dépréciations d'actifs au troisième trimestre 200735 :

D'autres importantes dépréciations d'actifs ont été passées au titre du quatrième trimestre 2007 et du premier trimestre 2008.

Les grandes banques françaises cotées en Bourse ont affiché pour leur part des dépréciations d'actifs limitées au troisième trimestre 200737 mais plus fortes au quatrième :

  • BNP Paribas : 301 millions d'euros. Et un total de 1,2 milliard d'euros pour l'ensemble de 200738.
  • Crédit agricole : 546 millions d'euros. Le 20 décembre 2007, Crédit agricole SA annonce une dépréciation supplémentaire de 2,5 milliards d'euros (1,6 milliard hors fiscalité) au titre du 4e trimestre39.
  • Dexia : 212 millions d'euros.
  • Société générale : 404 millions d'euros. Et au total 2,57 milliards d'euros40 ou 2,9 milliards41.
  • Natixis.

Le coût effectif de la crise pour les banques (dépréciations d'actifs au titre de la juste valeur comptable et provisions pour risques liés à la crise) est évalué à42 :

  • 110 milliards de dollars en novembre 2007,
  • 188 milliards en mars 2008,
  • 250 milliards en avril 2008,
  • 400 milliards en juin 2008.

Les estimations du coût global de la crise sur les banques (pertes et dépréciations d'actifs) ont été en permanence revues à la hausse au cours de la crise :

  • 250 milliards de dollars selon Bear Stearns43 et Lehman Brothers44 vers le 7 novembre 2007,
  • 300 à 400 milliards de dollars selon Deutsche Bank en novembre 2007, dont 150 à 250 milliards liés directement aux prêts subprime et 150 milliards aux dérivés adossés à ces prêts45,
  • 500 milliards de dollars selon Royal Bank of Scotland en novembre 200746.
  • 422 milliards de dollars (268 milliards d'euros) au niveau mondial, selon une estimation de l'OCDE en avril 2008. Sa précédente estimation était de 300 milliards de dollars47.
  • 565 milliards de dollars (358 milliards d'euros) pour la seule exposition des banques au secteur des « subprimes », mais 945 milliards de dollars (600 milliards d'euros) pour le coût total de la crise financière, selon une estimation du FMI en avril 200848 qui revisera ce chiffre autour de 1500 milliards de dollars le 7 octobre 200849.

modifier Le bouleversement du paysage bancaire

La crise financière a entraîné, particulièrement à partir de l'automne 2008, un bouleversement du paysage bancaire international, particulièrement aux Etats-Unis, avec une rafale de faillites, nationalisations et rachats.

Aux États-Unis,
En Europe 
  • En juillet 2007, l'allemande IKB Deutsche Industriebank est en difficulté.
  • En septembre 2007, UBS et Crédit suisse (réduction de 1 500 personnes) sont touchés par la crise du marché hypothécaire américain53.
  • La britannique Northern Rock, banque spécialisée en crédit immobilier, est nationalisée le 18 février 200854
  • Le 14 juillet 2008, la banque espagnole Banco Santander, rachète la britannique Alliance & Leicester pour 1,3 milliards de £.
  • Le 31 aout 2008, l'allemande Dresdner Bank est vendue par l'assureur Allianz à son compatriote Commerzbank pour 9,8 milliards d'€.
  • Le 12 septembre 2008, l'allemande Deutsche Postbank, filiale de Deutsche Post, est rachetée par sa compatriote la Deutsche Bank pour 9,3 milliards d'€.
  • Le 19 septembre 2008, la banque britannique Halifax-Bank of Scotland (HBOS) est rachetée pour 12,2 milliards de $ par la Lloyds TSB55.
  • Le 28 septembre 2008, la banque du Bénélux Fortis, est nationalisée partiellement, les trois États du Bénélux apportant 11,2 milliards d'euros de capitaux propres pour 49% du capital56.
  • Le 28 septembre 2008 également, la banque britannique Bradford & Bingley, spécialisée en crédit immobilier, est nationalisée. Son réseau bancaire est racheté par l'espagnol Banco Santander pour 773 millions d'euros (déjà propriétaire d'Abbey et d'Alliance & Leicester acheté fin 2007 pour un prix qui s'avère, en septembre 2008, de 1,6 milliards d'euros)57.
  • Le 28 septembre, toujours, la banque allemande Hypo Real Estate, spécialisée dans le financement de l'immobilier, est sauvée par un plan d'urgence de 35 milliards d'euros qui doit permettre « une liquidation dans l'ordre et non en catastrophe ».58.
  • Le 30 septembre, la première banque mondiale pour le financement des collectivités locales, la franco-belge Dexia, lève 6,4 milliards d'euros auprès des gouvernements belges, français et luxembourgeois ainsi qu'auprès des actionnaires existants.
  • Le 5 octobre 2008, BNP Paribas prend le contrôle de Fortis en Belgique et au Luxembourg pour 14,7 milliards d'euros, tandis que l'Etat belge devient le premier actionnaire du groupe français59.
  • Le 5 octobre 2008, Unicrédit, première banque d'Italie, fait appel au marché pour 6,3 milliards d'euros60.
  • Le 6 octobre 2008, le gouvernement allemand 61a obtenu du secteur bancaire et de l'assurance qu'il accorde une ligne de crédit supplémentaire de 15 milliards d'euros à Hypo Real Estate62
  • Le 8 octobre 2008, en France, Les groupes Caisses d'Epargne et Banques populaires 63 officialisent leur projet de rapprochement, précipité par la crise financière. En effet leur filiale commune de banque d'investissement Natixis serait touchée par la crise des subprimes64
  • Le 8 octobre toujours, 8 banques britanniques sont nationalisées.
  • Le 16 octobre, la Confédération helvétique, par l'intermédiaire de la BNS, nationalise partiellement (10%) UBS pour un montant de 6 milliards de dollars et reprend à son compte les actifs toxiques liés à la crise des suprimes pour un montant de 60 milliards de dollars, soumettant de ce fait, chaque habitant à une dette théorique de 10'000 dollars.
En Asie 

modifier Les plans de sauvetage étatique (septembre et octobre 2008)

Des plans de sauvetage du secteur bancaire menacé de défaillances en chaînes à la suite de la crise de refinancement ont été établis par les états, d'abord aux Etats-Unis en septembre 2008, puis en Europe au mois d'octobre. Par ailleurs, le FBI, qui dispose de très peu d'agents chargés de la délinquance en col blanc 66, a été chargé d'enquêter sur un certain nombre de groupes (dont Lehman Brothers, AIG, Freddie Mac et Fanny Mae) et de fraudes possibles 66.

Pour éviter une crise systémique, le Secrétaire au Trésor des États-Unis Henry Paulson a annoncé le 18 septembre 2008 que l'État américain allait mettre en place une structure de défaisance qui achètera aux institutions financières et gérera à son niveau les actifs toxiques (notamment les dérivés de crédits subprime) qu'elles ont en portefeuille, pour une masse globale d'environ 700 milliards de dollars américains. Cette somme représente plus d’une fois et demi le budget annuel du Département de la Défense des États-Unis (439 milliards de dollars en 2007), lui-même supérieur au budget de la France en 2007 (334 milliards d’euros). La dette nette des États-Unis va ainsi passer de 10 600 à 11 300 milliards de dollars67.

Icône de détail Article détaillé : Plan Paulson.

La nouvelle a provoqué la plus forte manifestation de soulagement des investisseurs depuis le début de la crise financière. Vendredi 19 septembre, à la Bourse de Paris, l'indice Cac 40 a ainsi connu la plus forte séance de hausse de son histoire (+ 9,27 %). Ce rebond à Paris, tout comme les autres indices européens qui eurent aussi un rebond conséquent, est cependant à nuancer dans la mesure où il est en partie dû à la suspension temporaire du principe de « vente à découvert » sur les valeurs financières. En effet, certains organismes jouant certains titres financiers à la baisse depuis quelques mois/semaines furent obligés le 19 septembre d'acheter en urgence les titres qu'ils avaient déjà vendus, d'où un rebond purement technique… du moins en partie de ces + 9,27 % historiques. Le principe de vente à découvert consiste à vendre des titres que l'on ne possède pas, pour les acheter par la suite à moindre prix, ce qui est une technique de spéculation à la baisse qui n'est pas sans rapport avec la chute précipitée (jusqu'à la faillite) de certaines banques américaines en ce mois de septembre 2008.

Le plan Paulson a été d'abord rejeté par la Chambre des représentants des États-Unis le 29 septembre 200868, entrainant une forte chute du Dow Jones et une inquiétude accrue dans tout le secteur financier mondial, et adopté par le sénat des États-Unis le 2 octobre et notamment par les deux candidats à l'élection présidentielle.

Les défaillances bancaires apparaissant en Europe (Dexia, Fortis, Hypo Real Estate..), les Etats européens sont à leur tour intervenus en octobre 2008, annonçant des plans de grande ampleur comprenant à la fois des garanties étatiques pour le refinancement (le gros des montants annoncés), mais aussi des mesures de recapitalisation menées par les Etats, pouvant conduire de facto à la nationalisation de banques. Le mouvement a été lancé par le plan du gouvernement britannique de Gordon Brown suivi par les autres États autour du week-end des 11-12 octobre. Les principaux plans sont69 :

  • France : 360 milliards d'euros,
  • Allemagne : 480 milliards d'euros,
  • Grande-Bretagne : 380 milliards d'euros.

À la suite des plans européens, les États-Unis ont à leur tout annoncé un plan de recapitalisation des banques par l'État. Le 21 octobre 2008, la Fed a annoncé qu'elle créait un « programme de rachat d'actifs des fonds communs de placement monétaires »70. Ce programme pourrait coûter à l'État américain jusqu'à 540 milliards USD.

modifier Conséquences sur les marchés internationaux

Les marchés financiers, qui avaient subi une première crise de confiance en février-mars 2007, avant de se reprendre au début de l'été, atteignent leur plus haut niveau annuel à la mi-juillet.
Ils chutent à partir du 18 juillet (annonce de l'effondrement de deux hedge funds de Bear Stearns), un mouvement accentué le 9 août avec l'annonce du gel des trois fonds monétaires dynamiques de BNP Paribas.
Le 9 août 2007, le CAC 40 perd 2,17 % pour finir à 5 624,78 points.
La semaine du 6 au 10 octobre 2008 restera dans les annales comme une des pires semaines que les bourses mondiales aient connus. Le CAC40 a en effet perdu pas loin de 1000 points, soit environ 20%.

Parmi les premières alertes :

La crise a des effets sur d'autres marchés, comme celui des matières premières : « C'est un effet de contagion : ce qui se passe sur les marchés des bourses et des capitaux a causé un assèchement des liquidités, obligeant plusieurs acteurs comme les hedge funds à quitter le marché de l'énergie et à liquider leurs positions. »75

modifier Conséquences sur l'économie

Il y a d'importantes craintes que la crise financière n'affecte l'économie réelle par le biais notamment de la baisse du moral des ménages et des chefs d'entreprises, des difficultés rencontrées par les banques, du resserrement des conditions de crédits (hausse des taux d'intérêt, sélection plus forte des emprunteurs) qui pourraient peser sur la consommation des ménages comme sur l'investissement des entreprises, et donc sur la croissance du PIB.

C'est pour conjurer ce risque que la réserve fédérale des États-Unis a décidé le mardi 18 septembre 2007 la baisse d'un demi point de ses taux directeurs, ramenés de 5,25 % à 4,75 %76. C'est la plus forte baisse depuis novembre 2002 (crise de confiance de l'affaire Enron)77. Or, la confiance des agents économiques est très affectée78 et, dans ce cadre, la Fed poursuit cette politique de baisse du taux directeur en novembre 200779.

Après une action concertée des principales banques centrales concernées, le 18 décembre 2007 la BCE s'est engagée à prêter en quantité illimitée et en garantissant l'anonymat au taux de 4,21 % pour deux semaines pour réduire les difficultés à emprunter sur le marché interbancaire80.

modifier Conséquences sur la politique et le débat économique

La menace de faillite du système bancaire, qui finance l'économie, a poussé les pouvoirs publics des différents pays à intervenir à travers trois principales méthodes :

  • l'idée de cantonnement des actifs dangereux, reprise de ce qui avait déjà été mis en place lors de la crise des caisses d'épargne américaines de la fin des années 1980. Cest le principe d'origine du plan Paulson.
  • la garantie de l'Etat aux emprunts servant à refinancer les bilans des banques. C'est la réponse à l'illiquidité des marchés de refinancement interbancaires.
  • la recapitalisation des banques par les Etats, en réponse aux craintes d'insolvabilité ou du moins de non respect des critères de solvabilité incarnés par le ratio tier one. C'est l'action initiée par le gouvernement britannique de Gordon Brown et reprise dans la foulée par les grands Etats européens.

Le retour en force des Etats dans le système économique après près de trente années marquées par le recul du rôle de l'Etat dans l'économie a été compris sur le moment comme la fin d'un cycle. Les interprétations les plus poussées ont salué la fin du libéralisme (voir en France l'article dans La Tribune "1979-2008, vie et mort du libéralisme")[réf. nécessaire]81 voire du capitalisme. Les interprétations les plus modérées comme un retour du balancier en faveur du keynésianisme (voir l'article "La revanche de Keynes" dans Le Monde du 2 octobre 2008).

Les critiques du libéralisme économique dans le cadre de la crise s'appuient notamment sur :

  • l'absence de régulation de marchés clés de la crise, tels ceux de l'origination de prêts immobiliers aux Etats-Unis ou ceux des CDO.
  • la créativité et la complexité croissante de certaines activités financières, poussées notamment par l'explosion des rémunérations au bonus qui poussait à prendre toujours plus de risques.


Les partisans du libéralisme économique, tout en reconnaissant l'utilité du rôle de l'Etat en dernier ressort en cas de crise systémtique, réfutent cette analyse. Leurs arguments se développent notamment dans les directions suivantes.

Premier point, selon eux, la crise n'a pas été provoquée par un excés de libéralisme mais en fait par des distorsions du libre marché provoquées par l'Etat, notamment la politique monétaire expansionniste menée par Alan Greenspan pendant les années 2002-2007, à l'origine de la bulle d'endettement, et l'obligation de prêter aux ménages les plus pauvres imposée par l'Etat américain aux banques, cause de l'octroi des crédits subprimes. "Sous l'influence de la loi dite Community reinvestment act, les banques ont eu à choisir entre renoncer à leur développement ou effectuer des prêts très risqués aux communautés désavantagées.", remarque l'économiste Florin Aftalion le 14 octobre 200882. De même, il estime que la titrisation de ces créances en MBS a été réalisée "avec les encouragements du Congrès".

Deuxième point, selon les libéraux, le système financier international ne respectait plus les véritables principes du libéralisme. L'éditorialiste libéral français Nicolas Baverez juge ainsi que "Le capitalisme (..) est un mode de production fondé sur l'esprit d'entreprise et la rémunération du risque. Dans sa forme mondialisée dont la finance était la pointe avancée, il s'est écarté de ces principes en déconnectant les profits et les rémunérations des performances et des risques réels."83

Enfin, les libéraux plaident pour un intervention courte de l'Etat, qui laisserait jouer les forces du marché dès que celà sera de nouveau possible.


Certains économistes keynésiens s'inquiètent pour leur part de l'exploitation de leurs idées. Ainsi, l'économiste français Alain Lipietz explique dans Le Monde du 2 octobre : "Le risque face au ralentissement, c'est la relance à tout-va." Dans le même journal, l'économiste français Michel Aglietta déclare également : "Je redoute qu'on y aille à la massue en matière de régulation."84. Comme le dit le journaliste du Monde, "Les interventionnistes s'effraient surtout qu'on endosse comme keynésienne l'idée honnie de privatiser les profits et de socialiser les pertes."85

modifier Notes et références

  1. Lire par exemple Wall Street joue un remake de 1929, in La Tribune, 16 septembre 2008, p.2-3.
  2. http://online.wsj.com/article/SB122298982558700341.html
  3. Dominique Doise, associé du cabinet d'avocats Alérion, in Subprime : le prix des transgressions/ Subprime: Price of infringments, Revue de droit des Affaires Internationales (RDAI) / International Business Law Journal (IBLJ), N° 4, 2008
  4. Sylvain de Boissieu, Banques : le tournant stratégique, in Investir, 9 août 2008, page 29
  5. Le Figaro Economie, 9 octobre 2007, page 18
  6. (en) Sub-prime politicians, Thomas Sowell, The Washington Times, 10 août 2007
  7. (en) Voir par exemple:http://www.federalreserve.gov/fomc/fundsrate.htm
  8. (en) U.S. Foreclosures
  9. Le Figaro, 22 août 2007
  10. « Crise de l'immobilier à risque aux États-Unis : New Century en faillite », Les Échos, 3 avril 2007, p. 29.
  11. « Le marché du travail américain miné par la crise des subprimes », Le Devoir, 6 septembre 2007, p. b3.
  12. « Subprimes : les banques pourraient perdre 2 000 milliards de dollars », Le Monde, 21 novembre 2007, p. 13.
  13. Ibid.
  14. Ibid.
  15. Les agences de notation dans la tourmente de la crise des subprimes, La Tribune, 10 janvier 2008
  16. Marchés financiers : le G7 réclame plus de transparence, Challenges, 9 octobre 2007
  17. Interview au Financial Times, 8 octobre 2007
  18. Entretien sur France 24, 20 septembre 2008
  19. Special Purpose Vehicle aux États-Unis ou Fonds commun de créance en France
  20. Lire notamment Les Techniques de titrisation montrées du doigt, in Les Échos, 20/08/2007.
  21. Les Échos, 19/07/2007
  22. Le plus notable est le fonds d'investissement Paulson & Co de New York, dirigé par John Paulson, un ancien de Bear Stearns dont la rémunération en 2007 a été estimée à trois milliards de dollars. Voir par exemple Les 100 meilleurs courtiers ont gagné plus de 30 milliards de dollars en 2007, article paru dans le journal Les Échos, édition du 6 avril 2008 [1]
  23. En se défaisant d'une main des risques, elles les ont repris d'une autre en investissant sur ces mêmes marchés [CDO, ABS, CMBS] à travers des fonds tels les « monétaires dynamiques »., Les banques dans la tempête, Sylvain de Boissieu, in Investir n°1753, 11/08/2007.
  24. Palmarès des 100 premières banques européennes, Les Échos, juillet 2007 (sur exercice au 31 décembre 2006).
  25. Voir Les Échos et La Tribune
  26. « Subprime » : le dernier fonds gelé par BNP Paribas rouvre sur une baisse de 1,21 %, Les Échos, 3 septembre 2007
  27. Selon Standard & Poor's, les 15 premiers apporteurs de liquidités du marché américain des ABCP seraient exposés à hauteur de 810 milliards USD, voir La Tribune, 4/09/2007, p. 20
  28. Les papiers commerciaux au cœur de la crise monétaire, Les Échos, 12/09/2007.
  29. Lire notamment La crise du marché monétaire fait plonger les actions, Les Échos, 6/09/25007, page 31
  30. La Tribune, mercredi 19 décembre 2007, page 17
  31. Chiffres tirés des données de Blomberg: http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=.TEDSP%3AIND
  32. Le secteur bancaire reste très fragile, Sylvain de Boissieu, in Investir n°1758, 15/09/2007.
  33. (en) http://www.voxeu.org/index.php?q=node/564, Charles Wyplosz, 20 septembre 2007
  34. Northern Rock aux pieds d'argiles, Le Journal du dimanche, 18 septembre 2007
  35. Le marché craint un nouvel impact de la crise sur les banques in La Tribune 12 octobre 2007, page 24 et Le marché craint une aggravation des dégâts liés au subprime, in La Tribune, 13 novembre 2007, page 19.
  36. ab Deux géants bancaires pris au piège du subprime, Les Échos, 2 octobre 2007
  37. Les banques trébuchent après publication, Sylvain de Boissieu, in Investir du 17 novembre 2007, page 2
  38. Conférence de presse des résultats annuels 2007 de BNP Paribas, mercredi 19 février 2008
  39. Conference call exceptionnelle analystes financiers, 20 décembre 2007 après clôture de la Bourse
  40. Slideshow des résultats annuels 2007, page 37, 21 février 2008
  41. Dépêche Reuters en anglais, jeudi 21 février 2008 15:56:53, qui ajoute 276 millions dans la gestion d'actifs et 49 millions pour des activités de siège
  42. Un an de crise des subprimes a créé une nouvelle donne financière mondiale, Sylvain de Boissieu, in Investir, 9 août 2008
  43. Le marché craint une aggravation des dégâts liés au subprime, in La Tribune, 13 novembre 2007, page 19.
  44. Subprime, l'addition pourrait approcher 400 milliards de dollars, in Les Échos, 13 novembre 2007, page 33.
  45. idem, La Tribune, 13 novembre 2007, page 19 et Les Échos, 13 novembre 2007, page 33
  46. idem, La Tribune, 13 novembre 2007, page 19 et idem Les Échos, 13 novembre 2007, page 33
  47. « L'OCDE chiffre les pertes liées à la crise des subprimes à 422 milliards de dollars », article paru dans le journal Le Monde, édition du 15 avril 2008 [2]
  48. Le FMI chiffre à 945 milliards de dollars le coût de la crise financière, article paru dans le journal Les Échos, édition du 8 avril 2008 [3]
  49. (en) [4]
  50. Malgré le plan Paulson, les banques restent très menacées, in Investir, 13 septembre 2008, p.2
  51. Oddo Securities, Morning Credit du 17 septembre 2008, p.5
  52. Presse Canadienne et AFP, 13 septembre 2008
  53. Subprime: UBS et Crédit suisse touchés
  54. Northern Rock : la nationalisation passe mal
  55. http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/352924.FR.php Fusion catastrophe entre HBOS et sa rivale, la Lloyds
  56. http://www.latribune.fr/entreprises/finances--marches/banque/20080929trib000176524/de-fortis-a-bradford-la-finance-europeenne-touchee-a-son-tour-par-la-crise.html De Fortis à Bradford, la finance européenne touchée à son tour par la crise
  57. Les Echos, 30 septembre 2008, page 33
  58. Les Echos, 30 septembre 2008, p.33
  59. BNP Paribas reprend d'importants actifs de Fortis pour 15 milliards d'euros
  60. Unicredit: l'appel au marché fait chuter le cours
  61. Hypo Real Estate : Berlin évite la faillite
  62. Le communiqué Hypo Real Estate en anglais
  63. Communiqué de presse CRÉATION DU DEUXIÈME GROUPE BANCAIRE FRANÇAIS
  64. L'Ecureuil et les Banques Populaires donnent le feu vert à leur mariage