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Charles de Gaulle, né le 22 novembre 1890 à Lille (Nord) et mort le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne), général et homme d'État français qui fut, depuis son exil de Londres, le chef de la Résistance en exil à l'occupation allemande et italienne de la France pendant la Seconde Guerre mondiale (la France libre), puis le fondateur de la Ve République en 1958, dont il est le premier président, de 1958 à 1969. Il est l’unique Grand Maître de l’ordre de la Libération. modifier Biographiemodifier Origines familiales et étymologieCharles André Joseph Pierre-Marie de Gaulle naît à Lille, mais son nom de famille n’est pas d'origine néerlandaise contrairement à une légende tenace, certains ayant cru voir dans la particule de l’article défini néerlandais de. La famille paternelle de Charles de Gaulle n'était en fait pas originaire du Nord-Pas-de-Calais ; c'est sa famille maternelle (les Maillot) qui en était originaire. D'après les travaux de la famille de Gaulle, en particulier ceux du grand-père paternel du général de Gaulle, les de Gaulle seraient une très ancienne famille de la noblesse d'épée française, ce qui n'est cependant pas reconnu dans les nobiliaires français1. Le plus ancien ancêtre probable du général de Gaulle serait, selon ces travaux, Richard de Gaulle, écuyer du roi Philippe Auguste qui le dota d'un fief à Elbeuf-en-Bray, Normandie, en 1210. On trouve trace vers 1420 d'un Jehan de Gaulle qui, après le désastre d’Azincourt, résista pendant près de deux ans aux Anglais à Vire, dans l'ouest de la Normandie, avant de devoir s’exiler en Bourgogne. Aux XVIe et XVIIe siècles, on retrouve trace de capitaines-châtelains de Gaulle à Cuisery dans le sud de la Bourgogne. Gaspard de Gaulle, qualifié par le roi Charles IX de chevalier, fut délégué du bailliage de Chalon-sur-Saône aux états généraux de Blois en 1576. Ces de Gaulle se seraient ensuite installés en Champagne où on retrouve leur trace à Châlons-en-Champagne aux XVIIe et XVIIIe siècle, exerçant des charges de justice. La famille s'installa enfin à Paris vers le milieu du XVIIIe siècle. L’arrière-grand-père du général de Gaulle, avocat (c'est-à-dire procureur) au parlement de Paris, comparut devant le Tribunal révolutionnaire pendant la Terreur mais réussit à éviter la guillotine. Les de Gaulle résidaient depuis près de cent cinquante ans à Paris quand Charles de Gaulle naquit en 1890. Le nom de Gaulle semble être issu d'une forme germanique (franque ou normande) : De Walle, signifiant le mur (d'enceinte), le rempart, où De = le et Walle = mur, le w germanique ayant évolué en g en roman 2. Walle provient du vieux saxon wal, qui a donné l'anglais wall ou le danois val. Le vieux saxon wal est un emprunt au latin vallum (rangée de pieux, palissade, rempart), de vallus (pieu). Bien qu'étymologiquement le « de » dans de Gaulle ne semble pas être une particule nobiliaire, le patronyme de Gaulle s'écrit toujours avec un « d » minuscule comme tous les noms à particule, nobiliaire ou non 3. Le mot « Gaulle » étant monosyllabique, la particule « de » se conserve même quand le nom n'est pas précédé du prénom ou d'un titre de civilité 4. La famille maternelle de Charles de Gaulle, les Maillot, était originaire des Flandres françaises. C'est du côté de cette famille maternelle que le général de Gaulle avait des ancêtres irlandais (les MacCartan5, Jacobites réfugiés en France après la Glorieuse Révolution), écossais (les Fleming), et allemands (les Kolb, du Duché de Bade). Le grand-père maternel du général de Gaulle était un industriel textile lillois. Bien que la famille de Gaulle vécût à Paris, la mère du général de Gaulle se rendit dans sa famille à Lille pour donner naissance à son fils, en accord avec la tradition familiale. modifier Éducation et familleNé à Lille le 22 novembre 1890 dans une famille catholique résidant à Paris, Charles de Gaulle était le fils d'Henri, professeur de lettres (français, latin, grec), d'histoire et de mathématiques, et de Jeanne Maillot. Charles a trois frères, dont deux seront résistants, et une sœur, qui elle aussi entrera dans la Résistance :
Très tôt, son père fait découvrir à Charles les œuvres de Barrès, Bergson et Péguy. La famille est alors monarchiste et compte parmi les lecteurs de L'Action française (jusqu'à la condamnation du mouvement de Charles Maurras par le Vatican). Sa famille est considérée comme « catholique libérale », sera dreyfusarde et, bien que « monarchiste de regret », se ralliera à la République dans le sens indiqué par le pape. Son père est en outre un admirateur de Louis Rossel, « général » de la Commune de Paris, fusillé par les versaillais. Charles de Gaulle fait une partie de ses études primaires à l'école des frères des écoles chrétiennes de la paroisse Saint-Thomas-d'Aquin (aujourd'hui lycée Saint-Thomas-d'Aquin) à Paris. Lors de la crise politique résultant de la séparation de l'Église et de l'État en 1905, Charles de Gaulle est amené à poursuivre ses études chez les jésuites français en Belgique, première expérience d'exil. Entré 119e sur 221 à l'École militaire de Saint-Cyr en 1908 après avoir fait ses classes préparatoires au prestigieux collège privé catholique Stanislas à Paris, il en sortit diplômé en 1912 (promotion de Fès dont le major fut le futur maréchal Juin) et rejoignit l'infanterie. Affecté au 33e régiment d'infanterie à Arras, il est alors sous les ordres du colonel Pétain. modifier Première Guerre mondialeLieutenant au début de la Première Guerre mondiale, il est ensuite nommé capitaine en janvier 1915. Blessé dès son premier combat à Dinant le 15 août 1914, il rejoint le 33e RI sur le front de Champagne pour commander la 7e compagnie. Il est à nouveau blessé le 10 mars 1915 à la main gauche, sur la Somme. Décidé à en découdre, il désobéit à ses supérieurs en ordonnant de tirer sur les tranchées ennemies. Cet acte lui vaut d'être relevé huit jours de ses fonctions. Officier tatillon, volontiers cassant, son intelligence et son courage face au feu le distinguent au point que le commandant du 33e RI lui offre d'être son adjoint. Le 2 mars 1916, son régiment est attaqué et presque détruit par l'ennemi en défendant le village de Douaumont, près de Verdun. Sa compagnie est anéantie au cours de ce combat et les survivants sont encerclés. Selon la version officielle, il tente alors une percée; la violence du combat l'oblige à sauter dans un trou d'obus, pour se protéger, mais des Allemands l'imitent et le blessent d'un coup de baïonnette à la cuisse gauche6. Pris par les troupes allemandes, il est soigné et interné. Un soldat de sa compagnie a toutefois fourni une autre version des faits : « Nous avons été encerclés et sous les ordres de notre capitaine de Gaulle nous avons été obligés de nous rendre. »7 Après une tentative d'évasion manquée, il est transféré au fort d'Ingolstadt, en Bavière, un camp de représailles destiné aux officiers remuants. Il y croise le futur général Georges Catroux, l'aviateur Roland Garros, le journaliste Rémy Roure, l'éditeur Berger-Levrault et le futur maréchal soviétique Toukhatchevski. Un « lamentable exil [réf. nécessaire]», c'est en ces termes qu'il décrit à sa mère son sort de captif. Pour tromper l'ennui, de Gaulle organise pour ses compagnons de captivité des exposés magistraux sur l'état de la guerre en cours. Mais surtout, il tente de s'évader à cinq reprises, sans succès. Il est libéré après l'armistice du 11 novembre 1918 et retrouve les siens en décembre. De ces deux ans et demi de captivité, il gardera un souvenir amer, estimant être un « revenant », un soldat inutile qui n'a servi à rien. Il recevra, toutefois, à l'issue de la Grande Guerre la croix de chevalier de la Légion d'honneur, le 23 juillet 1919, et la croix de guerre 1914-1918 avec étoile de bronze. Concernant cette période de captivité qui a suivi sa reddition, le général Perré a déclaré en 1966 : « Un de mes amis qui fut prisonnier avec de Gaulle m'a rapporté ceci. Les Boches qui faisaient l'honneur aux officiers français qui s'étaient courageusement battus de leur rendre leur sabre pour certaines manifestations comme la messe par exemple, ne le rendirent pas au capitaine de Gaulle. Celui-ci, croyant en un oubli, le leur réclama sèchement. Les Allemands s'étonnèrent de sa demande mais, à tout hasard, refirent une enquête sur les conditions de sa reddition. Renseignements pris, les Allemands ne rendirent pas son sabre au capitaine de Gaulle ».8 modifier Entre-deux-guerresCharles de Gaulle poursuit sa carrière militaire. De 1919 à 1921, de Gaulle est envoyé en Pologne, qui vient alors juste d'être indépendante; où il participe à la formation de la nouvelle armée polonaise qui lutte victorieusement contre l'Armée rouge. Il se laisse influencer par l'atmosphère violemment antisémite et pogromiste, comme en attestent deux lettres envoyées à sa famille et reproduites dans le deuxième volume des Lettres, notes et carnets9. À son retour, le capitaine de Gaulle est chargé de cours à l'École de Saint-Cyr, avant son admission à l'École supérieure de guerre en 1922. Charles de Gaulle épouse le 7 avril 1921 Yvonne Vendroux (22 mai 1900 à Calais - 8 novembre 1979 à Paris), dont il aura trois enfants :
En 1925, il est détaché à l'état-major du maréchal Pétain, vice-président du Conseil supérieur de la Guerre. Il est affecté à Trèves en 1927, comme commandant du 19e bataillon de chasseurs à pied (BCP). Le 1er janvier 1928 naît sa seconde fille Anne. De Gaulle est muté au Levant en 1929 et passe deux ans à Beyrouth avec sa famille. En 1931 il est affecté au secrétariat général de la Défense nationale à Paris. Ce nouveau poste est pour lui important, car c'est l'occasion de s'initier aux affaires de l'État. C'est durant ces années que Charles de Gaulle développe ses théories militaires : il publie La Discorde chez l'ennemi (1924), Le Fil de l'épée (1932), Vers l'armée de métier (1934) et La France et son armée (1938). Ce dernier livre provoqua une brouille avec le maréchal Pétain, lequel aurait voulu le signer. S'il est attaché à l'idée de défense statique au point d'écrire La fortification de son territoire est pour la France une nécessité permanente (...) L'encouragement de l'esprit de résistance d'un peuple par l'existence de fortifications permanentes, la cristallisation, l'exaltation de ses énergies par la défense des places sont des faits que les politiques comme les militaires ont le devoir de reconnaître dans le passé et de préparer dans l'avenir, il n'en est pas moins sensible aux idées du général Jean-Baptiste Eugène Estienne sur la nécessité d'un corps de blindés 10, alliant le feu et le mouvement, capable d'initiatives et d'offensives hardies qu'il reprend en 1932, dans Le Fil de l'épée où il rappelle l'importance de la formation des chefs et le poids des circonstances. Dans son ouvrage Vers l'Armée de métier publié en 1934, il développe cette question de fond qui nécessite la création d'une armée professionnelle aux côtés de la conscription. Cependant, cette idée rencontre peu d'échos favorables, à l'exception notable de l'Action française, qui salue à plusieurs reprises, sous la plume de Charles Maurras et de Jacques Bainville, sa conception moderne d'une guerre d'offensive et sa méfiance vis-à-vis du germanisme renaissant, de Paul Reynaud, député de droite, ou de Philippe Serre. À l'étranger, en revanche, l'idée du général Jean-Baptiste Eugène Estienne d'employer des blindés dans une percée motorisée reprise par de Gaulle a déjà suscité la plus grande attention (Guderian, Liddell Hart). Vers l'armée de métier n'a en France qu'un bref succès de curiosité, mais confirme dans ses conceptions, de son propre aveu [réf. nécessaire], le général Guderian, créateur de la force mécanique allemande. En revanche de Gaulle ne perçoit pas l'importance de l'aviation à laquelle il n'attribue qu'un rôle secondaire : les troupes à terre recevront de l'aviation une aide précieuse quant à leur camouflage. Les fumées épandues sur le sol du haut des airs cachent en quelques minutes de vastes surfaces du sol tandis que le bruit des machines volantes couvre celui des moteurs chenillés. Il faudra attendre l'édition de 1944 où il fera ajouter une phrase Mais surtout en frappant elle-même à vue directe et profondément, l'aviation devient par excellence l'arme dont les effets foudroyants se combinent le mieux avec les vertus de rupture et d'exploitation de grandes unités mécaniques. À Paris, de Gaulle fréquente diverses personnalités autour du colonel Émile Mayer, retraité très ouvert, favorable à une réforme de la stratégie : l'état-major ne doit pas se contenter d'une stratégie défensive derrière la ligne Maginot. Cependant, ni l'un ni l'autre ne sont écoutés. Partant des idées du général Fuller et du critique militaire britannique Liddell Hart, de Gaulle défend une guerre de mouvement menée par des soldats de métier, et appuyée par des blindés. De Gaulle fait sa première conférence à La Sorbonne au printemps 1934, sous l'égide du cercle Fustel-de-Coulange, une vitrine de l’Action française11. D'inspiration monarchiste, Charles de Gaulle, militaire soumis au devoir de réserve, révèle dans sa correspondance privée son peu de considération pour le parlementarisme et lui préfère un régime fort12. Jusqu'à la fin de sa vie, il marquera son admiration pour la personnalité et l'œuvre de l'historien royaliste Jacques Bainville. Ses idées se heurtent pourtant d'une part au profond conservatisme des dirigeants militaires, et d'autre part aux réticences des républicains face à un militaire de réputation maurrassienne. Pourtant de Gaulle, disciple de Péguy (influencé par le socialisme de Pierre Leroux) et de Bergson, a été formé par le colonel Mayer, officier d'origine israélite, dreyfusard et socialisant. Il a dans son sillage fréquenté le socialiste Club du Faubourg (il avait avant la première guerre mondiale assisté à Lille à des meetings de Jaurès) et les mouvements non-conformistes des années trente (Esprit, etc.). Il avait aussi adhéré aux organisations catholiques de gauche : le Sillon de Marc Sangnier, « les Amis de Sept », les « Amis de Temps Présent », ancêtre de Témoignage chrétien13. Ces derniers mouvements étaient par ailleurs favorables au Front populaire et à l'intervention de la France aux côtés des Républicains espagnols. Léon Blum manifeste sa vive hostilité pour les idées du colonel de Gaulle dans trois articles publiés par le Populaire, car il craint que cette armée ne soit utilisée contre le peuple, notamment les grévistes. Et de fait, comme le montre une lettre de 1935 envoyée à Paul Reynaud, de Gaulle n'excluait nullement une telle possibilité. Certains passages des livres publiés par le colonel de Gaulle suscitent d'ailleurs l'approbation de l'Action française14. Colonel en 1937, il est nommé à la tête du 507e régiment de chars à Metz. Lors de la déclaration de guerre de la France et du Royaume-Uni à l'Allemagne le 3 septembre 1939, le colonel de Gaulle est nommé commandant des chars de la Ve Armée. modifier Seconde Guerre mondialeLorsque la guerre éclate, Charles de Gaulle est toujours colonel (même si son avancement semble prochain), commandant le 507e régiment de chars de combat (RCC), à Metz. En janvier 1940, il envoie à quatre-vingts personnalités, dont Léon Blum et Paul Reynaud, ainsi qu'au général Gamelin et au général Weygand, un mémorandum fondé sur les opérations de Pologne. Intitulé L'Avènement de la force mécanique, le texte insiste sur la nécessité d'allier le char et l'aviation. Trois jours avant l'offensive allemande du 10 mai 1940, qui conduit à une percée rapide du front français, le colonel de Gaulle est averti de la décision du commandement de lui confier la 4e DCR, la plus puissante des grandes unités blindées de l'armée française (364 blindés15) dont il prend effectivement le commandement le 11 mai. Le 15 mai, il reçoit la mission de retarder l'ennemi dans la région de Laon afin de gagner des délais pour permettre de mettre en place la 6e armée chargée de barrer la route de Paris. Mais sa division blindée n'est encore qu'en cours de constitution, ses unités n'ayant jamais opéré ensemble. Il dirigea pourtant avec cette unité une contre-attaque vers Montcornet, au nord-est de Laon, l'une des seules qui parvint à repousser les troupes allemandes. Prévoyant la défaite rapide de l'armée française sous l'offensive allemande, les civils et les militaires désarmés sur les routes, il affirmera que c'est durant la journée du 16 mai que « ce qu'[il] a pu faire, par la suite, c'est ce jour-là qu'[il] l'a résolu. »16. N'ayant reçu qu'une partie des unités de la 4e DCR, le colonel de Gaulle lance une première attaque avec 80 chars pour tenter de couper les lignes de communication des divisions blindées allemandes le 17 mai. Après avoir atteint ses objectifs dont la ville de Moncornet, la 4e DCR, n'étant pas appuyée, est contrainte de se replier face à l'intervention de renforts ennemis. Les autres unités de la 4e DCR ayant rejoint, une nouvelle attaque peut être lancée avec 150 chars qui, après avoir permis d'atteindre les premiers objectifs, est arrêtée par l'intervention de l'aviation d'assaut et de l'artillerie allemandes. Le 28 mai, après un déplacement de 200 km, très éprouvant pour le matériel, la 4e DCR, dont le chef est général de brigade à titre temporaire depuis quatre jours, attaque à deux reprises pour détruire, à hauteur d'Abbeville, une poche que l'ennemi a conquise au sud de la Somme. L'opération est un succès qui permet de faire plus de 400 prisonniers et de résorber toute la poche à l'exception d'Abbeville en raison de la supériorité en nombre et en artillerie de l'adversaire. Celui-ci ne peut franchir la Somme que plus tard au nord d'Abbeville, mais la deuxième attaque ne permet pas à la 4e DCR de prendre la ville. Le 1er juin, il fait fonction de général de brigade à titre temporaire. Le 6 juin 1940, le général de Gaulle est convoqué d'urgence à Paris par Paul Reynaud, président du Conseil, pour occuper un poste ministériel dans son gouvernement, celui de sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale. Charles de Gaulle sort à ce moment-là de la hiérarchie militaire. Il a pour mission de coordonner l'action avec le Royaume-Uni pour la poursuite du combat. Le 9, il rencontre Churchill qu'il tente en vain de convaincre d'engager davantage de forces, y compris aériennes, dans la bataille. Le 10 juin, de Gaulle quitte Paris, déclarée ville ouverte, pour Orléans, Briare et Tours. En mission à Londres, le 16 juin, il dicte au téléphone la note Anglo-French Unity de Jean Monnet à Paul Reynaud. De retour de mission, le même jour, à Bordeaux, il apprend la démission du président du Conseil, Paul Reynaud, son remplacement par le maréchal Pétain et la demande d'armistice. Le général de Gaulle est donc évincé de ce gouvernement. modifier Appel du 18 juin 1940Le 18 juin 1940, de Gaulle se prépare à parler au peuple français via Radio Londres de la BBC. Ce jour-là, il appelle les Français à la résistance depuis sa retraite en Angleterre. Le cabinet britannique tente de s'y opposer, mais Winston Churchill le soutient17. Depuis la France, l'Appel du 18 Juin peut être entendu à 19 heures. Depuis ce jour, ce texte demeure l'une des plus célèbres allocutions de l’Histoire de France. Cet appel ne fut cependant pas enregistré et c'est l'enregistrement du 22 juin 1940 qui est en réalité présenté comme l'appel du 18 juin. Le gouvernement britannique avait au préalable proposé au ministre français de l'Intérieur Georges Mandel de passer au Royaume-Uni et de lancer lui-même un appel. Mandel s'était, par ses avertissements répétés contre les menaces du IIIe Reich (et en opposition à ce sujet avec son ami le président du Conseil Léon Blum), signalé comme un homme d'État et de caractère. Mais il refusa de quitter la France pour ne pas prêter le flanc à une critique de désertion qui aurait aussitôt été exploitée (il était juif). On sait aujourd'hui que tout au long de la journée du 18 juin, le conseil des ministres britannique a discuté du texte de de Gaulle. Les anciens munichois, derrière le ministre des Affaires étrangères lord Halifax, veulent encore ménager le gouvernement Pétain et attendre de voir s'il va effectivement signer l'Armistice. Winston Churchill, vieux partisan de la fermeté contre Hitler et de la poursuite de la lutte, doit mettre son autorité dans la balance. De Gaulle put finalement prononcer son texte, mais dut accepter d'en modifier les deux premières lignes18 dans un sens moins dur pour le gouvernement français. Cette modification longtemps occultée disparut dans le texte transmis à la presse, puis dans les Mémoires de De Gaulle. modifier France libreDe Londres, de Gaulle forme d'abord et dirige les Forces françaises libres. Le but n'est pas de former une légion de volontaires qui continueraient la lutte aux côtés de l'Empire britannique. Il s'agit de remettre la France en tant que telle dans la guerre contre Hitler, en formant une armée et un contre-État doté de tous les attributs de souveraineté et légitimité, et qui se donne une base territoriale en ralliant les territoires français de l'Empire colonial, future plate-forme de la reconquête. Dès le début de l'été 1940, à partir de presque rien et assisté de quelques volontaires, de Gaulle jette ainsi les bases d'une marine (FNFL), d'une aviation (FAFL), de forces terrestres (FFL), d'un service de renseignements (le BCRA du colonel Passy, vite actif en métropole). La Croix de Lorraine proposée par l'amiral Muselier19,20,21, devient son emblème. Les statuts juridiques de la France libre et ses rapports avec le gouvernement anglais sont fixés par le juriste René Cassin. La France libre a bientôt sa banque, son journal officiel, ses décorations - le général fonde l'Ordre de la Libération à Brazzaville dès octobre 1940, pour honorer ses "compagnons". Des comités français libres actifs dans le monde entier se constituent et tentent de rallier à de Gaulle les Français de l'étranger, les opinions et les gouvernements. En France, de Gaulle est condamné par contumace d'abord à quatre ans de prison et la perte de la nationalité française22, puis un conseil de guerre le condamne par contumace à la peine de mort le 2 août 1940 pour "trahison". En Grande-Bretagne, il trouve en revanche le soutien de Winston Churchill, mais aussi celui du Parlement, de la presse et de l'opinion publique, reconnaissantes au "gallant French" d'être resté aux côtés du pays au pire moment de la menace allemande. Cet appui, comme celui de l'opinion américaine, se révélera un atout très précieux lors des tensions avec Londres et Washington23. Obtenant le ralliement de plusieurs possessions coloniales françaises, notamment en Afrique grâce au ralliement rapide du gouverneur Félix Éboué (le 28 août le Tchad, le Congo et le Cameroun, le Gabon étant conquis dans le mois de novembre 1940), de Gaulle se place à la tête du Comité national français à partir du 24 septembre 1941. Mais il fait surtout en sorte que la France reste présente dans le camp allié, par ses Forces françaises libres (FFL) qui continuent le combat sur les différents fronts. En outre, à partir de 1941-1942, il stimule et obtient le ralliement de la résistance intérieure, grâce au colonel Passy, à Pierre Brossolette et à Jean Moulin, ce qui le conduit à transformer la France libre en France combattante. Ce ralliement n'allait nullement de soi : comme l'a noté Robert O. Paxton dans La France de Vichy, en 1940, bien des résistants de gauche refusent de voir dans ce militaire qu'ils croient à tort proche de l'Action française un chef convenable, et beaucoup de résistants de droite lui reprochent sa dissidence explicite avec Vichy — à moins qu'ils ne préfèrent, comme Marie-Madeleine Fourcade, n'avoir de relations qu'avec les services secrets britanniques. Selon Jean Pierre-Bloch, Christian Pineau, Henri d'Orléans (« comte de Paris ») et même le gaulliste Pierre Lefranc, le ralliement à la République n'aurait d'ailleurs été que tactique, avant une restauration monarchique (selon Henri d'Orléans). Mais les républicains étant hégémoniques dans la Résistance intérieure et de plus en plus puissants au sein de la France libre, la concurrence du général Giraud, militaire égaré en politique et qui commet, lui, la maladresse de ne pas condamner Vichy avant mars 1943, l'invite à rallier les républicains et à en obtenir le soutien. Dès 1940, de Gaulle se pense comme l'incarnation de la France, en opposition au Maréchal Pétain. Il n'aura de cesse que soient protégés les intérêts de la France, dans la guerre et après le conflit. Il obtient ainsi de Churchill la signature, le 7 août 1940, de l'accord des Chequers, par lequel le Royaume-Uni s'engage à sauvegarder l'intégrité de toutes les possessions françaises et à la « restauration intégrale de l'indépendance et de la grandeur de la France ». Le gouvernement britannique s'engage de plus à financer toutes les dépenses de la France libre, mais de Gaulle insiste pour que ces sommes soient des avances remboursables et pas des dons qui jetteraient une ombre, aussi ténue soit-elle, sur l'indépendance de son organisation. Les sommes dites seront effectivement remboursées, et bien avant la fin de la guerre. Malgré les relations de confiance scellées par traités entre Churchill et de Gaulle, les deux géants ont des relations parfois tendues, gênées par l'anglophobie que manifestait le Général dans les années 1920 et 1930, mais jamais malsaines. Et quand Churchill, à court d'arguments, lance à de Gaulle : « Mais vous n'êtes pas la France ! Vous êtes la France combattante, nous avons consigné tout cela par écrit », de Gaulle réplique immédiatement : « J'agis au nom de la France. Je combats aux côtés de l'Angleterre mais non pour le compte de l'Angleterre. Je parle au nom de la France et je suis responsable devant elle ». Churchill abdique alors en poussant un « J'avais espéré que nous pourrions combattre côte à côte. Mais mes espoirs ont été déçus parce que si vous êtes si combatif que non content de lutter contre l'Allemagne, l'Italie et le Japon, vous voulez aussi combattre l'Angleterre et l'Amérique… ». De Gaulle recadre alors le débat en précisant : « Je prends cela comme une plaisanterie, mais elle n'est pas du meilleur goût. S'il y a un homme dont les Anglais n'ont pas à se plaindre, c'est bien moi. » Pour la petite histoire, Churchill avait surnommé de Gaulle « Jeanne d'Arc ». Les relations avec Franklin Delano Roosevelt sont plus problématiques. Le président américain, personnellement francophile, a été déçu par l'effondrement de la France en 1940 et refroidi à l'égard de de Gaulle par l'échec de son entreprise devant Dakar (fin septembre 1940). Les antigaullistes français sont nombreux à Washington, par exemple l'ancien secrétaire général du Quai d'Orsay Alexis Léger (Saint-John Perse) qui lui décrit ce général comme un apprenti dictateur. Le président est aussi très mal informé sur la situation en France par l'ambassadeur américain à Vichy (jusqu'au mois de mai 1942), l'amiral Leahy, lui-même intoxiqué par les pétainistes. Il n'a donc aucune confiance en de Gaulle. De fait, les deux hommes se détesteront. Un mot de de Gaulle à Churchill explique en partie l'attitude française face à l'Amérique : « Je suis trop pauvre pour me courber. » De surcroît, au contraire du Général qui mise beaucoup sur l'Empire français, le président américain est profondément hostile au système colonial et envisage de confier après la guerre les colonies françaises à une institution internationale qui préparerait leur évolution vers l'indépendance. Roosevelt projetait de faire de la France un État faible, et le projet d'Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT) allait d'ailleurs très loin dans cette direction, en traitant la France comme un vaincu, plutôt que comme une des puissances victorieuses. La haine de Roosevelt était tellement flamboyante (il considérait de Gaulle au pire comme un futur tyran, au mieux comme un opportuniste) que même ses adjoints finirent par en prendre ombrage, y compris le très pusillanime secrétaire des Affaires étrangères Cordell Hull qui, finalement, se rangea aux côtés de la France libre et de son chef. Certains pensent que l'une des raisons de ce revirement fut la crainte éprouvée par les Américains d'un retournement de la Résistance contre eux (alors même que le débarquement était imminent) en cas d'occupation de la France. modifier La libération de la France et de ses colonies
Le général de Gaulle, serrant la main du général Giraud, à la demande de Franklin Delano Roosevelt (à gauche) et de Winston Churchill (à droite), lors de la conférence de Casablanca le 14 janvier 1943.
Malgré son exclusion par Roosevelt du débarquement américano-britannique en Afrique du Nord (opération Torch), et surtout malgré le soutien apporté par les États-Unis à l'amiral François Darlan, puis au général de groupe d'armées Giraud, de Gaulle réussit à prendre pied à Alger en mai 1943. Il y créa avec Henri Giraud le Comité français de la Libération nationale (CFLN), pour unifier la direction de l'Empire libéré, et fut bientôt à sa tête. Après le débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, le général de Gaulle fit son entrée en territoire français sur la plage de Courseulles-sur-Mer en Normandie le 14 juin 1944. Ce même jour, il prononça le premier discours de Bayeux. Le CFLN prit alors le nom de Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) Les Français découvrirent alors son imposante silhouette (il mesurait 1,93 m). La fermeté et la rapidité avec lesquelles le général de Gaulle a rétabli l'autorité d'un gouvernement national permettaient d'éviter la mise en place de l'AMGOT, prévu par les Américains, qui aurait fait de la France libérée un État administré et occupé par les vainqueurs. Il insista avec vigueur auprès du général Eisenhower, commandant en chef des armées alliées, pour que Paris fût libéré rapidement, alors que sa stratégie prévoyait d'aller directement vers l'est sans passer par la capitale. La 2e division blindée du général Leclerc libère Paris le 25 août et celui-ci reçoit la reddition de Von Choltitz. Ce même jour, le général de Gaulle se réinstalle au ministère de la Guerre, rue Saint-Dominique à Paris, dans le bureau qu'il occupait jusqu'au 10 juin 1940, signifiant ainsi que Vichy était une parenthèse et que la République n'a jamais cessé d'exister. Puis il se rend à l'Hôtel de ville, où il prononce un discours dans lequel il insiste sur le rôle essentiel joué par les Français pour leur propre libération. Le lendemain, 26 août, il descend triomphalement les Champs-Élysées. Le « peuple dans ses profondeurs » manifeste un enthousiasme indescriptible24. Le 9 septembre, un gouvernement d'unanimité nationale est constitué, sous sa présidence. Le GPRF se vit transféré à Paris, libéré en septembre 1944. Une assemblée constituante fut ensuite élue en octobre 1945, six mois après la fin de la guerre. modifier Au Gouvernement provisoire de la FranceDe Gaulle attribue le droit de vote aux femmes de France à la Libération, figurant dans le programme du Conseil national de la Résistance. Les femmes purent ainsi voter pour la première fois aux élections municipales de 1945. D'autres réformes figurant dans ce même programme sont entreprises à la Libération : depuis les nationalisations à la mise en place du monopole de l'assurance maladie obligatoire qu'est la sécurité sociale (l'Alsace et la Moselle conservera le système d'assurance maladie instauré par Bismarck). Elles doivent beaucoup à la SFIO, au Parti communiste et au Mouvement républicain populaire (MRP) qui étaient les forces politiques les plus représentées dans le Conseil national de la Résistance. Président du Gouvernement provisoire, mais en désaccord avec l'Assemblée constituante sur la conception de l'État et le rôle des partis, de Gaulle remet sa démission sur la question des crédits militaires au président de l'Assemblée nationale, Félix Gouin, le 20 janvier 1946. Il a rempli la mission qu'il s'était donnée le 18 juin 1940 : libérer le territoire, restaurer la République, organiser des élections libres et démocratiques, entreprendre la modernisation économique et sociale. Mais de Gaulle espère qu'on fera très vite appel à lui de nouveau. Après la condamnation à la peine de mort de Philippe Pétain en 1945, il le gracie en transformant sa peine en travaux forcés à perpétuité en raison de son grand âge bien qu'il soit favorable à la peine capitale (sauf pour les femmes)[réf. nécessaire]. modifier Parcours politique pendant la IVe RépubliqueLe 16 juin 1946, de Gaulle expose sa vision de l'organisation politique d'un État démocratique fort à Bayeux, en Normandie, dans un discours resté célèbre ; mais il n’est pas suivi. La gauche, les démocrates-chrétiens et une partie de la droite considèrent que ses idées sont trop éloignées de la tradition républicaine et parlementaire. modifier Fondation du RPFEn 1947, il fonde un mouvement politique, le Rassemblement du peuple français (RPF), afin de transformer la scène politique française, de lutter contre le régime « exclusif » des partis, de s'opposer à l'avancée du communisme et de promouvoir une nouvelle réforme constitutionnelle privilégiant le pouvoir exécutif. Il propose également une troisième voie économique (l'association capital-travail). Le RPF reprend également les thèmes de la droite la plus traditionnelle : ultra-conservatisme colonial (il critique jusqu'à la construction de lycées d'enseignement général à Madagascar), anticommunisme virulent (exploitant les inquiétudes sur l'avancée du communisme dans l'Union française et en Indochine) et même, au moins jusqu'en 1950, la clémence à l'égard de Philippe Pétain, dont les députés RPF, à l'initiative de Louis Terrenoire, ancien déporté, demandent l'amnistie. Toutefois, les déclarations du Colonel Rémy réhabilitant le rôle du maréchal Pétain seront immédiatement désavouées par le général de Gaulle ; mais pas l'initiative de Terrenoire. Il est vrai, comme le rappelle l'historien René Rémond (dans Les Droites en France), que c'est au nom de la réconciliation nationale qu'en 1949 et 1950, le même général de Gaulle plaidait pour l'élargissement du « vieillard de quatre-vingt-quinze ans ». Le parti rallie des résistants (dont Jacques Chaban-Delmas) mais aussi des notables comme Édouard Frédéric-Dupont ou Edmond Barrachin (qui fut, dans les années 1930, directeur du comité central du Parti social français). D'anciens pétainistes et même d'anciens collaborateurs parviennent à s'y faire admettre, notamment dans les sections d'Indochine et d'Algérie, dans le service d'ordre, dans les rangs des syndicats ouvriers proches du R.P.F. et parmi les maires élus en 1947. Certains polémistes du parti, notamment Jean Nocher, déploient une extrême agressivité verbale. Pour ces raisons, l'historien Henry Rousso (dans Le Syndrome de Vichy) discerne au RPF « des tendances pro-pétainistes, soit qu’elles aient été envoûtées par la magie du verbe maréchaliste, soit qu’elles aient été convaincues de son impact dans l’opinion ». René Rémond (Les Droites en France) préfère rapprocher le RPF de la lignée du bonapartisme et du boulangisme, tout en observant que le RPF est, dans l'histoire du gaullisme, l'épisode le moins éloigné de ce « qu'en France on a l'habitude de qualifier de fascisme ». Il semble que nous ayons là affaire à une droite musclée mais républicaine, que l'on peut rapprocher du P.S.F. du colonel de La Roque, autre expression d'un courant que l'on ne peut qualifier de « fasciste » que par abus de langage. Après un grand succès en 1947-1948 (35% des suffrages aux municipales de 1947, 42% des sénateurs élus en 1948), le RPF décline de 1949 à 1951. La gestion efficace des événements sociaux de l'automne 1947 par le gouvernement de la troisième force a affaibli le mouvement gaulliste. Le recours à de Gaulle semble alors moins nécessaire pour les conservateurs, les modérés et le patronat. Dans l'opposition, le RPF est frappé d'un véritable ostracisme de la part des autres partis politiques, entretenu par le refus du général de Gaulle de se compromettre avec les autres partis. En 1951, le RPF obtient encore plus de 4 millions de voix (22,3% des suffrages et 16,8% des inscrits) et 117 députés, mais les députés RPF ne sont pas assez nombreux pour infléchir la politique sociale, ni pour pousser à une réforme des institutions. Le RPF est irrémédiablement affaibli par la défection de vingt-sept députés : ainsi, contre les consignes du Général, | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||